mercredi 26 mai 2010

Villages Kabyles : Ait-Bouyahia

Perdu ou abandonné ?

Quel examen peut-on, aujourd’hui, faire d’un village Kabyle ? Quelle approche peut-on préconiser pour aller à la rencontre de cette cité - village, éperdument négligée, quand elle n’est pas totalement ignorée ?

Je parle, intentionnellement, de « cité » avec la connotation réelle et non péjorative du mot. Et oui ! Le village Kabyle est aussi une cité même si on tente obstinément, encore, de lui nier les attribues d’une agglomération urbaine en la reléguant, souvent, au point mort d’un « simple village » selon le jargon administratif en cours. Les raisons ? On pourra bien les deviner !

Ait-bouyahia, comme cas de figure, abrite plus de 12 500 habitant - citoyens ! Sur une surface limitée et restreinte ! Une telle densité, perçue et distinguée notamment dans toute la Kabylie, est l’une des plus intense dans l’Atlas du monde. Mais, chez nous, le phénomène n’interroge personne ! Les faits sont ordinaires !

Ait-Bouyahia comme ses semblables villages Kabyles demeure, au vue de la société, un « simple village » perché sur l’une des collines oubliées du Djurdjura ! Le pis, encore, la vision est étayée par ses habitants eux même. Ils consolident, en somme, l’idée que notre village est figé, sans vie. En tout cas, selon leur propos, il ne ressemble en rien à la dynamique des cités urbaines, en l’occurrence, très soutenues et aidées par les pouvoirs publiques.
Est-ce vrai ?
Je ne me permettrai pas d’analyser ni de comparer et encore moins d’affirmer ou de nier le constat. Je n’ai pas la prétention de jouer au spécialiste en la matière, qui pourrait savamment étudier le sujet.

Néanmoins, les portes ne sont pas fermées pour accéder au panorama social, culturel et économique de notre village qui offre, par ailleurs, un bouquet d’éléments à saisir pour, tout simplement et bonnement, comprendre qu’il y’a « vie » à Ait-Bouyahia, il suffit de changer d’angle de vue pour la percevoir.

Les données manifestes sont à l’abondant pour illustrer le bouillonnement de cette « vie » dans notre village, considéré, à l’instar des villages Kabyles comme des « zone perdue ». Je dirai, pour ma part, plutôt, « zone abandonné ».

Paris le 25.05.2010
Abdel Hakim KECHAD

dimanche 16 mai 2010

Réflexion

L'excellente réflexion de Abdel Hakim Kechad sur le mouvement association à Ath Bouyahia suggère aussi une piste de travail: celle, importante, qui consiste à élaborer un plan de travail précis, à recenser les actions à lancer, à dégager les priorités.

Qu'est-ce qu'on veut faire ? Quelles sont les tâches principales ? Quelles sont celles qui peuvent, doivent être engagées en priorités ? Comment procéder ? Avec qui ? Avec quels moyens ? Comment obtenir ces moyens ? …

La première des actions à entreprendre, à mon humble avis, est de rassembler sous un "même toit", je veux dire au sein d'une association, toutes les bonnes volontés, les disponibilités et les potentialités humaines. Il s'agira de regrouper au sein d'une seule association les activités culturelles, artistiques, écologistes, historiques, sportives etc. Cependant, chaque activité sera confiée à un groupe chargé de sa gestion, sur la base d’un plan d’actions élaboré et accepté par tous, suivant les priorités recensées auparavant.

L'avantage d’une telle formule est qu'elle est de nature à créer une synergie, une entraide, une collaboration plus étroite entre les différents groupes de travail, évoluant au sein d’une même association.

C’est une piste. Il doit y’en avoir d’autres. Certainement plus pertinentes que celle que je suggère. C’est, dit-on, de la discussion que jaillit la lumière.

Bon courage à tous.

Mohand Arezki Himeur

mercredi 5 mai 2010

Mouvement associatif à Ait-Bouyahia

Quel avenir pour nos associations ?

Au rythme de l’explosion de la vie associative dans les années 90, notre village a pris le grand pas, aux allures de cheval, pour redessiner un nouveau champ associatif sans précédent.

En premier acte : l’agrément officiel de la première association sous les initiales : A.S.C.A.B. Certainement c’était l’engouement et l’emballement pour la nouveauté ! Mais en corollaire, on signait, par là, une nouvelle page d’une dynamique sociale, culturelle et citoyenne.

Quoique, les graines de l’action collective au sein de notre village étaient déjà semées dans les années 70 et 80. Il suffit, pour s’en apercevoir, de fouiller et de gratter un peu dans la mémoire collective des jeunes militants berbéristes de l’époque ainsi que dans les anales des organisations de masse telles que l’UNJA et les SCOUTS musulmans ou tout simplement dans la grande mémoire du comité de notre village.

De toute manière, des travaux restent à conduire sur le sujet pour témoigner et dresser le tableau historique de cette période aussi importante et particulière que celle que nous allons aborder, ci-dessous, comme objet de discussion à savoir les deux dernières décennies 1990-2010.

La rénovation et puis la mise à disposition de la « mythique mairie de Lekhmis » à l’association ASCAB était le fer de lance d’un ensemble d’initiatives et d’activités quasiment nouvelles et originales. Singulièrement, la vie au village est redynamisée pour ne pas dire redéfinissée. Tous les villageois accompagnaient joyeusement l’élan de cette jeunesse passionnée et enflammée ! : La fête du village à El djamaa Bwadda ; l’organisation d’une circoncision collective au profit des jeunes garçon ; la constitution d’une troupe théâtrale et d’un groupe de chorale; organisation de cours de soutien scolaire en guise de préparation aux examens (école Kanem, Taqarbouzt) ; l’élaboration et la diffusion d’un journal (IMROU)…etc. Tant d’activités qui ont fait le bonheur d’un village, notre village d’ait-bouyahia.

Mais l’exploit de cette envolée s’articulait, évidemment et principalement, autour du football. Activité par excellence, choisie et préférée par les jeunes. Elle drainait, ainsi, les foules aux stades pour acclamer les camarades du quartier (tournoi inter quartier) ou supporter les coéquipiers de KOUROU quand il s’agissait d’un tournoi inter villages..

Parallèlement l’association « Asirem » de Amsiwen, crée, presque simultanément, que l’ASCAB, travaillait, elle aussi, d'arrache-pied sur des activités locales de proximité. Sinon ses membres et ses adhérents sont souvent associés aux activités de l’ASCAB notamment celles organisées à l’extérieur du village.

Cependant, l’essor du mouvement atteignait son point culminant en 1994/1995 avec l’organisation de quelques actions d’envergure comme le tournoi inter village, organisé et accompli magistralement et la loterie de société (TOMBOLA) d’une nature et d’une valeur considérable. Deux événements remarquables, deux empreintes et deux médailles dorées et méritées !....et puis la machine se mettait en pause !

Toutes fois la pause devenait un repos et le repos se prolongeait dans le temps à en devenir une inertie totale ! Le film du mouvement s’arrêtait brusquement sans nous permettre de contempler le générique de la fin !

Deux ans plus tard, en 1997, la naissance du 1er comité de croissant rouge de village à l’échelle nationale est né à Ait-bouyahia. C’est la fin de la récréation dit-on! La volonté a surpassé le passage à vide et elle a triomphé sur la stagnation vécue jusque-là.

Les objectifs n’étaient pas les mêmes, les activités ne l’étaient pas aussi, mais l’énergie, la vitalité et l’engouement des jeunes, voire de toute la population, étaient identiques à celles de l’ASCAB. Un même esprit et un même engagement : vouloir vivre solidairement ensemble ! Les activités réalisées étaient d’une autre nature ; organisation de soupe populaire ; distribution de coffins alimentaires ; collecte de vêtements ; couverture sanitaire des manifestations sportives ; culturelles ou religieuses ; formation en secourisme ; en couture et broderie ; cours d’initiation à l’informatique ; soirées de ramadhan…etc. Enfin, le comité du CRA était une belle entreprise d’action et d’utilité publique jamais connue auparavant.

Après dix ans d’existence, de réalisation, de solidarité, d’espoir et d’ambitions, le CRA d’Ait-Bouyahia, a eu – à son tour - sa chute fatale ; il s’est évaporé, il est dissout! L’édifice est ébranlé et l’échec est recommencé !!

Par conséquent – et pour une fois - l’abnégation et le désir de continuer autrement gagnent le cœur des jeunes. Leur détermination a évité de replonger dans l’immobilisme et la paralysie.

L’action associative rebondit, de suite, sous une autre forme. Cette fois-ci l’aménagement structurel est repensé pour s’élargir et façonner le cadre d’organisation en donnant acte à la naissance de quatre associations différentes et autonomes : CHBAHA N TMOURT –IW (association pour la défense de l’environnement), AUBE (association humanitaire et de solidarité), AJAB (association pour la promotion de la culture) et ASCAB (association pour les activités sportives).

Sans doute, ce projet associatif est ambitieux. Il conjugue l’efficacité d’une structuration à base d’activités diverses et le croisement d’initiatives différentes et utiles pour le village.

L’association AUBE reprend le relais, après le CRA pour relever le défit de la solidarité, CHBAHA N TMOURT –IW répond aux nouvelles exigences en matière d’écologie et de l’environnement. L’AJAB s’occupe exclusivement du grand chantier de la culture et de l’activité de jeunes et L’ASCAB revient au berceau de son activité privilégié à savoir le sport en général et le Football en particulier.

Néanmoins, l’évaluation de la situation du mouvement et la dynamique de ces associations, montre, apparemment, que les lendemains qui chantent ne sont pas encore là ! Les entraves du terrain ressurgissent. Les associations arrivent mal à s’en dégager des difficultés qu’elles rencontrent.

À l’écoute des réalités sociales du village y compris les plus complexes et les plus problématiques, nos associations sont confrontées, régulièrement dans l’exercice de leurs missions, à un environnement contraignant quand il n’est pas hostile !

Le constat est souvent amer. L’expérience des organisations collectives de notre village étale souvent les mêmes problèmes dans les mêmes contextes. Aujourd’hui, la mission d’intérêt général s’affronte inéluctablement au même destin qu’hier.

À l’épreuve des dispositifs réglementaires qui s’imposent à elles, nos associations reçoivent, quand c’est le cas, des subventions dérisoires à compte gouttes.

Donc, le manque de moyens financiers et matériels demeure, inévitablement le premier choc à affronter par les nombreux bénévoles et volontaires, souvent mal formés ou préparés pour concevoir et accueillir cette dure réalité.

Cependant, le fonctionnement dont le modèle, le plan, la gestion, la structuration... Contribue aussi et dans une certaine mesure, à affaiblir l’ensemble des associations.

Il me semble donc, selon ma propre évaluation, que le manque de vision claire et de projet précis établit, préalablement, avec un plan de charge réfléchit, demeure le point faible qui fragilise, encore, le corps associatif au sein notre village.

Ceci dit, que les dirigeants de ce mouvement doivent désormais saisir tous les éléments de compréhension de la situation actuelle et à venir afin d’identifier et puis clarifier et enfin développer un travail associatif adéquat, convenable et durable (non éphémère comme c’est le cas aujourd’hui)

Il est nécessaire, de prime abord, de capitaliser, avant tout, toutes les expériences acquises au fils des années et ensuite inventer et engager pour l’avenir de nouvelles perspectives, de nouvelles démarches et de nouveaux outils au regard des nécessités et besoins actuels.

En parallèle, questionner, interroger les faits et créer des moyens d’évaluation permanente seraient d’une exigence immédiate pour imaginer, ensemble de nouvelles pratiques et de nouvelles pistes de travail pour une « meilleure vie associative ». L’avenir, sans doute, dépendra de nous.

Paris, le 05.05.2010

Abdel Hakim KECHAD