lundi 28 septembre 2015

Mouloud Halit, Notre romancier de Talent.

Mouloud Halit, Notre romancier de Talent.

Quelle belle rencontre sur ce chemin du web avec notre romancier de talent. Ce fut un magnifique rendez-vous pour s’échanger quelques messages pour le découvrir et  découvrir ses beaux romans  attachés à sa terre natale.
Mouloud Halit a commencé à écrire en 1995 et depuis, il n'a pas posé sa plume. Zainabou l’Amuseur est son dernier roman après avoir publié : - Marie en Kabylie(en 2004) - La piscine du ruisseau (2006) - les Sœurs- Amies (2008) - le combat d’une mère (2010)- et enfin, Louiza et son fils (2013.
Très éloigné des clichés habituels, Mouloud Halit nous entraîne au cœur de thèmes captivants et liés à sa terre, la tradition, les coutumes et la vie sociale en Kabylie.  Il nous emmène dans un voyage lointain pour nous faire vivre notre enfance, nos amours, nos déceptions, nos désirs et nos espoirs avec des personnages justes et attachants.
A tout cela s’ajoute une touche d’aventure et de fantastique…
À travers cette interview, je vous laisse découvrir Mouloud Halit. 
Une découverte pour moi et pour plusieurs lecteurs, une question très simple, Halit Mouloud : Qui êtes-vous ?
Azul @ Kamel et bien merci pour cette interview qui m’honore ! Qui suis-je ? Me dis-tu ! En bref, un citoyen algérien, natif en Haute-Kabylie, précisément la région n’Ath-Douala, plus exactement au village d’Aït-Bouyahia. Actuellement, je réside en famille à Sétif-Ville. Cette ville qui Dieu merci m’avait offert en 1985 un poste de travail, conforme à mon diplôme universitaire. Et mieux que tout, avec attribution d’un logement. Avant mon déménagement, j’y ai toujours vécu en mon village natal dont je garde en ma mémoire plein de souvenirs d’enfance, y compris les péripéties de ma carrière scolaire. Cette dernière a débuté en 1962 au banc de notre école primaire (Lakul Laxmis) puis s’est achevée en 1981 à l’Université de Bab-Ezzouar. Tel est donc en peu de mots et en toute modestie l’essentiel à dire sur ma biographie.


D’où vous vient la passion d’écrire ?
Comme je pense, c’est l’heureux hasard qui m’a bien arrangé les choses. Il est vrai qu’il y avait en moi un certain atout majeur, pour ne pas dire inné. A juste titre, J’aimais la lecture en langue française depuis ma tendre enfance. Selon mes souvenances, mes premières lectures remontent à l’année 1968, alors que j’étais en classe de 6ème au C.E.G de Béni-Douala. Je lisais passionnément les bandes dessinées que sont : Blek le roc, Kiwi, Zembla, Miki le ranger, etc. Depuis lors, j’avoue que je n’avais guère cessé de lire tant sitôt j’avais découvert en lisant ce fait magique d’être transporté en rêves, rêveries et rêvasseries. Et pour ne pas trop disserter, coupons court en disant que l’heureux hasard a finalement voulu que - du passionné de lecture que je fus et que je le suis toujours, je devienne encore un passionné de l’écriture. Ayant néanmoins senti en moi l’aptitude plus ou moins requise pour cette passion d’écrire.
Quelles sont vos passions à part l’écriture ?
Maintenant que je suis d’un âge proche de la retraite, j’avoue que je suis devenu un fervent casanier. D’où ma passion de lire et d’écrire qui m’est donc au mieux assainie pour meubler mon temps. Qui plus est, me permettait de développer mon imagination et d’exercer ma mémoire, sachant que cela m’est devenu une nécessité absolue, en étant engagé dans la littérature. La vocation d’écrire est comme un arbre fruitier : celui qui écrit est sensé de produire régulièrement. Soit dit, d’autres passions ancrées pareillement en moi, j’avoue que je ne vois aucune…
Depuis quand écrivez-vous et que vous apporte l’écriture ?
 Ma première publication, à titre de prototype d’essai, remonte à 1995. Surtout ne soyez pas surpris en révélant qu’il s’agissait d’un fascicule en rapport à la profession que j’exerce, en l’occurrence le biomédical. Il avait comme titre : Le Bloc dentaire. Ceci fait, je guettais l’écho attendu de ma publication. Ce fut un cuisant échec de par l’indifférence total que j’avais récolté. Toutefois, cela n’affecta en rien ma passion et mon désir d’écrire. Après m’être donné davantage à la lecture intensive, en vue de rehausser mon niveau, j’ai entamé en l’an 2000 le rédigé de mon premier ouvrage littéraire, intitulé : Au Village. C’en est un recueil de nouvelles passionnantes, inspirées de mes souvenirs d’enfance. Il fut édité en l’an 2002, en 100 exemplaires uniquement. Comme échos, c’était mieux que précédemment, avec quelques lectrices et quelques lecteurs d’acquis. Combien même j’étais heureux et satisfait à me voir signer mes premiers autographes. Ce fut tel un déclic tant coup sur coup j’égrenais régulièrement mes publications littéraires, à savoir : - Marie en Kabylie(en 2004) - La piscine du ruisseau (2006) - les Sœurs- Amies (2008) - le combat d’une mère (2010)- et enfin, Louiza et son fils (2013). Toutes ces publications sont faites de manière légale et à compte d’auteurs. C’est-à-dire : c’est moi qui ai financé chacune des publications. Autrement dit, je suis le seul détendeur de mes stocks. Jusqu’à ce jour même. Que m’apporte l’écriture ? Honnêtement, pas grand-chose du point de vue financier. Heureusement que j’écris non pas pour un but lucratif mais par passion, ce qui pour moi prédomine sur la fortune. Une passion que je mène en parallèle avec ma profession biomédicale avec laquelle je gagne ma vie, Dieu merci !

 L’écriture est une nécessité. Écrivez-vous toujours dans cette urgence ?
L’urgence, absolument pas ! Je gagne ma vie en exerçant professionnellement la maintenance biomédicale. Certes que la lecture est pour moi une nécessite mais rien que pour assouvir non sans plaisir ma passion. Et si la chance me sourit pour avoir - par ce créneau, le succès et la fortune, alors comme dit-on : je ne dirais pas non ! En parlant d’urgence, mon urgence à moi est de trouver un éditeur potentiel et compréhensif qui puisse m’accepter et m’aider à publier en partenariat mes nouvelles parutions, pour l’heure achevées et gardées en archives. Dont à titre d’exemple : Zaïnabou l’Amuseur qui est fin prêt depuis belle lurette.
Où puisez-vous toutes ces idées ? D’où vient l’inspiration ?
La lecture, sait-on, développe l’imagination. Autrement dit, notre pensée qui devient plus immense que le ciel, tout comme le ciel est plus immense que la mer. Je puise donc mes idées à partir de mes lectures savantes et instructives. En lisant, je remplissais en sorte mes registres mémoires avec les belles phrases, les hautes idées, les idées précises, les citations, les métaphores, les litotes, les paraphrases, ainsi du reste. Un tel bagage m’est indispensable pour la formulation et la rédaction. Bien évidemment à mes efforts en lecture s’y ajoute l’exercice de ma mémoire en l’écriture. Par suite de cette dualité, je peux donc m’entrainer à ordonner mes idées, à les formuler correctement, à esquisser leur trame, etc. Pour mieux dire : Lire et écrire vont de pair pour l’écrivain qui commercialise ses idées. Concernant l’inspiration, je ne dirais pas qu’elle vient mais elle survient. Aussi, m’est avis qu’elle découle implicitement des thèmes envers lesquels j’ai mon meilleur penchant, ma meilleure inclination. De cette esquisse partant, l’inspiration, comme qui dirait, fait son chemin avec une part de mystère, et ce, jusqu’à discerner un certain point focal. Celui-ci focalisé, il devient alors un thème ou un sujet digne d’être développé pour être couché sur papier. Cela peut me prendre du temps, mais la lumière finit toujours par jaillir, Dieu merci !
Je n’ai pas eu la chance de lire tes romans, car non disponibles ici au Canada, mais je trouve les titres et le résumé (La quatrième de couverture) très accrocheurs, Pouvez-vous me parler en quelques mots de chacun des livres que vous avez publiés ? À travers les textes que j’ai pu lire sur le site www.Ait-Bouyahia.com et sur les pages Facebook du village, je vois un Mouloud très attaché et même enraciné au village, à ses traditions, coutumes et à sa terre natale … un commentaire ?

Pour ne pas surcharger l’interview, je parlerai globalement de mes publications dont je venais de mentionner plus haut leur titre. Ce qu’elles ont de commun, c’est qu’elles sont en partie inspirées de mes souvenirs d’enfance. Comme mon enfance, je l’ai toute vécue dans mon village d’Ait-Bouyahia, je dirais donc avec modestie que cela explique ou clarifie effectivement mon attachement aux traditions, aux coutumes, à ma terre natale, enfin, mon pays tout entier. Si comme début, j’ai opté pour ce choix c’est parce que je me sentais plus apte à la narration, en ayant à l’esprit les notions fondamentales, pour ne pas dire les scènes de Kabylie. J’espère qu’à l’avenir, l’aptitude et les connaissances aidant, je finirai par élargir mon champ de vision, par d’autres survols littéraires intéressants. Ou les choses qui viendront en allant.
Lisez-vous beaucoup ? Que lisiez-vous quand vous étiez enfant, adolescent et maintenant ?
Je ne sais pas si je lis vraiment beaucoup, ma foi une chose est sûre, j’ai toujours mon quota de lecture à respecter chaque jour sinon presque. Mes lectures sont plutôt attentives et non cursives. Quand je lis, c’est pour tirer le meilleur rendement, c'est-à-dire : les meilleurs profits. J’aime bien lire avec cet effort de mémoire qui m’incite à mémoriser, entre autres, les belles phrases comme disait Rousseau et les descriptions sans tache ni faute : comme disait Balzac. Quant à mes types de lecture, il va sans dire que je fais passer en priorité nos grands écrivains et romanciers algériens. Hommes et femmes, nommément ces premiers qui me passent en tête : - Mouloud Feraoun, - Mouloud Mammeri, - Tahar Djaout, - Fadhma Aït Mansour Amrouche, - Leïla Aslaoui, - Assia Djebbar, - Yasmina Khadra, etc. En complément, je touche à toutes les littératures étrangères, pourvu qu’elles soient écrites ou traduites en langue française. Sans distinction aucunement : française, anglaise, allemande, russe Tout roman qui me tombe en main, bon ou mauvais, je le lis jusqu’à sa dernière goutte. Soit dit, tout passe. Néanmoins pour cette littérature étrangère, je dois à la vérité pour dire que celle du XIXème est d’une richesse exceptionnelle. Notamment avec Hugo, Balzac, Zola, Tolstoï, Dostoïevski, Nietzche, Flaubert, George Sand, etc.
En écrivant, aviez-vous conscience des réactions que pourrait susciter vos articles ou vos livres ? Est-ce que cela a influencé votre écriture ?
Jusqu’à maintenant, je ne suis qu’un simple romancier écrivant de courtes et de longues nouvelles dont les thèmes sont puisés de notre patrimoine sinon de notre terroir. Aurais-je donc à m’attendre à d’éventuelles réactions contraignantes, sinon pourquoi !? Ma foi, il y a en moi quelques idées de conviction que je ne cesse de développer jusqu’à leur pleine maturité. Peut-être bien que viendra le jour où je m’engagerai à les exposer sagement, sans opportunisme, mais bel et bien à toutes fins utiles. Sinon pour l’heure, et sans rester les bras croisés, je fais mon travail compte tenu de mes compétences, de mes moyens, de mes forces, et de mes aptitudes. Pour mieux dire : j’essaie d’avancer lentement mais sûrement, tout en regardant devant moi.
Avez-vous l’angoisse de la page blanche ?
M’est avis que l’angoisse n’a pas sa raison d’être. En revanche, bien oui que je ressens de l’appréhension à tout moment que je publie mes ouvrages. Tant à partir de leur publication, elles appartiennent au lectorat, voire au public. Ou le seul juge qui puisse les glorifier de par ses appréciations ou de les tuer de par ses indifférences. Soit dit je demeure quelques temps sous ce stress du ballotage, guettant quel genre d’échos à récolter…

Y a-t-il un roman en préparation ?

Jusque-là, j’en ai publié 05 romans à compte d’auteur. Ma dernière publication qu’est Louiza et son fils remonte à novembre 2013. Après ça, Je me suis attaqué de but en blanc à mon 6ème roman qu’est Zainabou l’Amuseur. Celui-ci est bel et bien achevé, et mis de coté dans l’espoir de tomber cette fois-ci sur un éditeur potentiel. Donc je temporise en publication. Entre-temps, je suis entrain de rédiger Un genre de mémoire où je tente de dévoiler au grand jour ma carrière professionnelle. Je suis entrain de noircir des pages sans m’être encore bien fixé sur le titre conforme à lui attribuer. Voilà tout.

Un mot pour vos lecteurs.
Honnêtement, je les adore ! Car malgré mes lacunes et mes insuffisances, littéraires ils me tolèrent et m’encouragent du mieux qu’ils peuvent. D’un peu partout en mon pays nommément : Tizi-Ouzou, Sétif, Bejaia, M’sila, etc. Cela m’est assurément fort réconfortant. De par cet éminent soutien qu’ils apportent, de mon vivant de surcroit, aux labeurs de mes longues patiences et de mes longues persévérances, je les remercie vivement et infiniment. J’espère que de tels encouragements continueront à se renforcer, au fur et à mesure de mes prochaines publications, ou mes publications tout du moins envisagées.
Votre dernier mot. Mon dernier mot !... Encore une fois, merci mon cher Kamel pour cette interview qui pour moi est une chance à saisir. Je me suis exprimé avec joie et satisfaction, autant dire avec un cœur ouvert. J’espère avoir apporté des réponses claires et concrètes aux questions. De ces réponses dont pourraient bénéficier les lectrices et les lecteurs fort aimables. Wassalam !

Par Harani Kamel 


Lifa HENNAD: Chanson (A VAVA) en Hommage à Tous les Parents.

dimanche 27 septembre 2015

Idermane

La loi du 23 Mars 1882, mise en pratique en Kabylie en 1891, a imposé l’adjonction d’un patronyme pour chaque prénom. Avant la mise en application de cette loi, les gens étaient identifiés par leurs prénoms, suivis de celui du père et du grand père séparés par fois par Nath (Ait). Cette loi permettait à l’indigène, de choisir un nom, dans le cas d’abstention, l’article 15 de la dite loi, donne droit aux officiers d’état civil français, d’attribuer automatiquement un nom patronymique à toute personne récalcitrante.
Suite à ça, et à partir de 1891, un nom de famille est attribué pour chaque famille pour la distinguer des autres familles composant un groupe social. Il constitue un héritage familial inaliénable, transmissible par les parents mâles aux enfants. Il est perçu comme le gardien de la mémoire familiale.
Les patronymes sont innombrables et très variés. Certains sont aujourd'hui très répandus, d'autres ont totalement disparu. Le nombre d’individus peut croître en progression constante, dans d’autres cas, par contre, on observe le déclin jusqu’à l’extinction totale de la population et par conséquent du nom.
A l’instar des autres populations éteintes par faute de descendants mâles, notre village (Ait Bouyahia) après recensement et témoignage de nombreuses personnes , a perdu au bout de quelques décennies, un peu plus d’une dizaine de noms de famille. Avec la disparition du dernier représentant d’une famille, elle provoque fatalement, l’extinction du nom patronymique. Pour jeter la lumière sur les familles éteintes, le tableau nous indique nominativement les noms de famille qui ont disparu de la nomenclature locale.
Ces noms de familles éteints font et feront toujours partie de notre riche patrimoine villageois et, sans aucun doute, ils continuent d’exister pour toujours, dans la mémoire collective. Pour conclure, nos cinq quartiers (Idharmane) constituant notre village, comptent aujourd’hui, soixante six noms de familles. Merci.

vendredi 25 septembre 2015

Aït-Bouyahia : Couleurs, saveurs et décors

MESSAGE D’ACCOMPAGNEMENT : Chères lectrices et chers lecteurs, comme ce thème ou article que nous vous « postons » coïncide en date avec l’Aïdh Tamuqrant, nous vous le dédions avec tous nos souhaits les plus sincères de passer une heureuse et bonne fête !
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Mouloud Halit
Ait-Bouyahia

Aït-Bouyahia : Couleurs, saveurs et décors

Thème n° 10 : Avrid-Txaruvt


En notre village, le trafic routier se compte parmi les principaux atouts. Ses avantages sont palpables tant en ses quartiers qu’en ses campagnes environnantes. Une panoplie d’itinéraires compose sa trame routière, essentiellement les routes, les ruelles, les chemins, les parchemins, les impasses, les passages, les sentiers, y compris les sentiers de chèvres. Le trafic routier qui en découle est quotidien, permanent, plein de mouvements et d’animation. Toutes les destinations se valent parmi elles les habitations, les champs, le sous-bois, l’école, les fontaines, la mosquée, la Djema, le cimetière, etc. A l’échelle plus lointaine, l’on rejoint les villages de nos bons voisins, le chef-lieu de commune qu’est Béni-Douala Centre, et ça continue plus loin via le prolongement des parcours.
Chacun des itinéraires comme il est large ou étroit, distant ou pas, peu ou très fréquenté, etc. Et pour tout itinéraire long ou distant, surtout quand celui-ci est très fréquenté, ce serait un salut réconfortant en cas de disponibilité de quelque raccourci qui puisse l’écourter. Ceci dit, l’un des tronçons relevant de la route principale de notre village, nommément Avrid-Txaruvt (à prononcer : Avridh at-Kharouv’th) est l’extraordinaire raccourci dont nous allons en parler.
Au commencement, et à partir de cette année 2015, reculons en temps moyennant un saut ou bond conséquent d’un demi-siècle en arrière. Nous y voilà alors aux années soixante du siècle d’avant, et en espace, au site dit Laxmis d’où débute en montée notre beau raccourci. Ce raccourci qu’est Avrid-Txaruvt - au sens significatif : la route du Caroubier, en est ainsi appelé en raison d’un caroubier ayant poussé là, en bordure de route. C’en est un arbre des plus rares, pour ne pas dire unique en son genre qu’il fût jugé par nos ancêtres fort adéquat pour le discernement. Ainsi fut-il choisi et opté comme prête-nom. A cette époque des années soixante, ce caroubier légendaire existait bel et bien. D’un âge séculaire, il était majestueusement dressé avec son tronc court et au pourtour géant. Ses branches ramifiées et bien étalées ombrageaient la parcelle de route qu’elles recouvraient. Et ces branches qui ont la particularité de ne jamais se dégarnir de leur feuillage luxuriant et verdoyant. D’où en toutes saisons, ce somptueux arbre ornemental qui forme une sorte tunnel tout naturel.
En longueur, Avrid-Txaruvt n’est rien d’autre qu’un tronçon d’un demi-kilomètre, tout au plus. Prenant départ du site de Laxmis, et son terminus situé, en montant, au tournant en même temps carrefour dit : Turna Luvayar. D’où commence le site Budahmène. Ce carrefour en fourche, à le prendre dans le sens de la montée, reçoit comme arrivée deux routes que sont Avrid-Txaruvt et Avrid-Ajdid : la route carrossable. Comme sortie, le prolongement commun de ces deux routes, en route carrossable. A cette époque, Avrid-Txaruvt avait l’aspect habituel d’une route ancienne et traditionnelle. Ressemblant plus à une route de campagne. Néanmoins, elle est pourvue de quelques habitations en éparses, pouvant être comptées sur les cinq doigts de la main. Quatre ou cinq tout au plus, parmi elles celle de Tahar l’Hocine du coté d’Agueni b-Afir, et celle de Khabil, un peu plus en haut, par le coté opposé.
De la place de Laxmis d’où il débute en côte, ce raccourci avait à sa droite l’ex mairie, bâtie en pierres taillées. A sa gauche, il en est un bout de sépulture avec une douzaine de tombes environ. Ce bout de cimetière était entouré d’une clôture en fils de barbelés, qui plus est, en retrait du cimetière principale, situé du coté opposé de la place. Et ce bout qui - à son milieu, disposait comme ornement d’un olivier sauvage, ou l’oléastre dit : Ahecad. Comme l’école primaire (Lakul Laxmis) est côte à côte avec le cimetière, les écoliers, en attendant l’ouverture du portail, s’introduisaient - avec malin plaisir et en intrus chérubins, dans ce bout cimetière. Ils aimaient s’asseoir là en toute quiétude, et parfois de grimper sur les branches de l’oléastre. Et moi-même, je l’avoue, qui en est l’un de ces intrus chérubins. 

De par son apparence, avons-nous dit, le raccourci ressemble plutôt à une route de campagne. Les piétons qui l’empruntent soit en montée accentuée sinon en descente abrupte s’en prennent à un état de route peu commode. C'est-à-dire : un état de route en terre battue, parsemé par-ci par-là de rochers, de creux. Voire un état pareil ou presque à un lit desséché de ruisseau. En bordures, néanmoins, des clôtures, assez bien faites avec leur échalier d’accès, forment deux rangées parallèles, longeant de bout en bout le raccourci. Et ces clôtures accompagnées par des arbres alignés et espacés, à la manière des sentinelles. Et ces arbres types ornementaux, géants et ombrageux, parmi eux les frênes, les chênes, y compris le légendaire caroubier. Quiconque des piétons jette son regard par delà les clôtures, se rincera l’œil à souhait à la vue de beaux champs, au mieux garnis d’arbres fruitiers. En l’occurrence les figuiers, les pommiers, les cerisiers, les vignes, etc. Ces champs sont morcelés, en étant visiblement délimités par leurs haies de séparation. Dans chaque champ (ou lopin de terre) l’on aperçoit l’indispensable gourbi du paysan, avec sa toiture en tôles ondulées, scintillantes aux reflets du soleil.
Comment donc Avrid-Txaruvt était-il un fabuleux ou extraordinaire, raccourci !? L’explication ou justification à vouloir l’élucider consiste à le comparer à sa rivale qu’est la route carrossable. Avec l’avènement de la route nouvelle et carrossable, dite : Avrid-Ajdid, le raccourci d’Avrid Txaruvt s’est vu dédoublé en circuit fermé. En clair, Avrid-Txaruvt et Avrid Ajdid partent communément du site de Laxmis, correspondant à leur niveau bas. De là, via deux itinéraires différents, les deux montent en côte avant de se rejoindre un peu plus haut au tournant susmentionné : Turna Luvayar. De par leurs extrémités communes, inferieure et supérieur, ils forment donc un circuit fermé. Quant aux différences qui les caractérisent, celles-ci s’appuient sur l’envergure de leur côte et l’écart distant de leur itinéraire. En les comparant, la route carrossable est de loin la plus longue, de par son tracé en « V », et Avrid-Txaruvt qui est vraiment court, en coupant tout droit de par son tracé direct. Néanmoins, l’un comme l’autre de ces itinéraires ont chacun un avantage et un inconvénient, conjointement. L’inconvénient du plus long en est la distance, mais comme avantage sa côte qui y est fort atténuée, voire adoucie. L’inconvénient du plus court en est sa côte très accentuée, et comme avantage, son raccourci semblable au vol d’oiseau. Cela dit, tout piéton qui arrive à la place de Laxmis y est sujet à ce double choix, aux avantages et aux inconvénients à fortiori antagonistes. Et en cela, Avrid-Txaruvt qui remporte de loin le trophée de par son predominant avantage. Ainsi choisi par les piétons et les piétonnes, c’est bien lui qui reçoit au quotidien la quasi-totalité de leur effectif. Soit dit, une affluence en piétons et en piétonnes fréquente et permanente. Notamment en raison du chef-lieu de commune qu’est Béni Douala-Centre où ils s’en vont. Pour leurs diverses affaires. Ou cette digression évoquant le bon vieux temps qui s’impose raisonnablement à toutes fins utiles.
En ce chef-lieu, les services publics ainsi que d’autres prestations en sont là disponibles, répondant aux besoins et aux nécessités de l’époque. Là y trouve-t-on les établissements publics et tous types de boutiques privées. Excepté les épiceries et les cafés maures, plus nombreux, le tout peut être classé ou discerné comme suit :
* Comme édifices publics : - la station de taxis, - la station de bus, - la poste, - la mairie, - le marché hebdomadaire, - le collège d’enseignement moyen, - l’institut islamique, - le stade communal, - la Sempac, - la Capcs, - le dispensaire - la Gendarmerie nationale, - y compris la zaouïa d’Akal-Aberkane.
* Comme boutiques privées : - la boulangerie, - les deux boucheries, le restaurant, - le forgeron, le matelassier, le brocanteur, le couturier, le vulcanisateur et le mécanicien. Voilà tout pour cette digression.
L’affluence globale, via Avrid-Txaruvt vers ce chef-lieu de commune, regroupe au mieux encore diverses affluences. C'est-à-dire : en plus de notre village, s’y ajoutent celles des villages avoisinants y passant par là immanquablement. Nommément les villages d’Ath-l’Hadj, d’Ath-Khalfoun, et de Timaguenounine. A l’aller comme au retour, ce raccourci est comme pris d’assaut par préférence.
Voilà donc l’état descriptif d’Avrid-Txaruvt, un demi-siècle en arrière. Maintenant, revenons à notre année 2015, ou un demi-siècle après.
Les deux tronçons formant le circuit fermé en sont toujours là avec leurs tracés comme figés, c'est-à-dire : inchangés. Pour ne parler que d’Avrid-Txaruvt - le seul qui nous intéresse, l’on dira que quiconque des braves gens l’eut connu au vieux temps dans son aspect de campagne, pour ne le revoir spontanément en son état actuel, celui-ci n’en croira pas ses yeux, peut-être bien. Avec l’agréable surprise à lui donner le tournis, il découvrira non pas l’ex route de campagne mais bel et bien une ruelle en pleine agglomération. De ses pieds, il ne foulera aucunement l’ex route en terre battu mais une allée dallée, uniformément cimentée, entrecoupée de marches régulièrement espacées. De part et d’autre - excepté l’ex mairie, rien n’est resté du décor des années soixante. Plus d’oléastre entouré de sa poignée de tombes. Aucune des clôtures ayant jalonné l’itinéraire. Aucun arbre, pas même le légendaire caroubier ayant servi de prête-nom. Dans son nouveau look si ressemblant à un couloir à ciel ouvert, Avrid-Txaruvt est enserré de part et d’autre par une succession d’habitations, accolées côte à côte, de types R+1 et R+2. Parcourant faisant, s’égrènent tour à tour les poteaux électriques, les portes d’entrées ornées ou sculptées, les fenêtres avec volets et persiennes, des balcons aux claustras, et pareils que des champignons, les antennes paraboliques : ces fenêtres ouvertes sur la planète toute entière. Tel est donc ce que nous avons voulu relater en toute modestie sur ce beau raccourci qu’est Avrid-Txaruvt.
Pour conclure, autant dire avec joie et satisfaction que notre beau raccourci qu’est Avrid-Txaruvt, s’il n’est pas tout à fait magique, néanmoins il jouit d’une part de magie de par son fait magique à remonter le moral pour ses honorables piétons. Arrivé là, chacun d’eux aurait à l’emprunter, en y montant ou en y descendant, avec la pensée salutaire de gagner du temps, en gagnant sur la distance.
…Et ce petit bonheur discret sans cesse éprouvé qui continue et qui continuera de s’éprouver toujours et toujours à Avrid-Txaruvt, puisse Dieu !
TANMIRT U-NADJAKOUN DHI-LAHNA !
TRES PROCHAINEMENT, INCH’ALLAH ! Notre thème (ou article) n°11 sera consacré pour l’un des vestiges anciens, appartenant à notre village, précisément la fontaine publique dite : Tala-Tliwa. Cette fontaine située au bord de la route principale et offrant gratuitement son eau de source potable, à tous les passants sans distinction. ATTENDEZ-NOUS !

jeudi 24 septembre 2015

Tawekkalt Akkal Aberkane 2015-2016

Tawekkalt Akkal Aberkane 2015-2016

 Imuqranen Taddert ukeḍ Lewkkil Hessas Amar (Photos Hessas Fateh)






mercredi 23 septembre 2015




I lmend n tfaska neɣ Lɛid tameqqrant nessaram i yimezdaɣ n taddart iw At Buyahia d warraw-is andeg ma llan ladɣa wid/tid yella berra n taddart. Ama deg Tmazɣa neɣ deg Tuṛuft (Europe), deg Temrikt (Amérique) neɣ deg Tasya (Asie) tafaska tamerbuḥt taseɛdit ara ken-id-yettafen yal aseggas deg talwit, deg tezmert ed tawant.

lundi 21 septembre 2015

Thawkkalt : chronologie

Rachid Kechad

Thawkkalt : chronologie :


La fête de l’Aid ElKebir est dans quelques jours. Régulièrement, c’est après la prière collective de l’Aid, les échanges d’embrassades et d’accolades, qu’un représentant du comité de village (Mandant), après délibération, annonce publiquement le nom de Lawkil, « Mandataire » pour une période d’une année, avec effet immédiat. Les cinq tribus que compte le village d’Ait Bouyahia dirigent le mausolée de façon alternée. Cette fois-ci, l’honneur d’administrer le mausolée « Akal Aberkane, incombe à une personne de la tribu (Adhroum « Ath Tsadderth »)
Lawkil a pour mission, pendant cette durée, d’assurer bénévolement, la gestion, le fonctionnement et la maintenance d'Akal Aberkane. Les grandes périodes des "zyarath" (pèlerinage) notamment, les fêtes NaL’mouloud et de l’Achoura, Lawkil, aidé par sa grande famille, sa tribu, et en coordination avec les membres du comité de village, veillent à l'accueil, l’organisation, la sécurité et la restauration des centaines de visiteurs qui y font le déplacement. 

Du régime de l’oralité à celui de l’écriture, Par ce travail d’investigation de longue halène, Chikh Kab Amar, a l’amabilité de mettre à notre disposition un guide chronologique, nous permettant à tout moment, d’accéder facilement à la connaissance de l’identité des mandataires bénévoles « Lawkilath » qui se sont succédés à la tète du Mausolée D’Akkal Aberkane à partir de 1895 jusqu’à 2015.
Malheureusement, en l’absence de renseignements précis, les gestionnaires « Lawkilath » des années 1909-1910-1913-1914-1915 et 1916, n'ont pas pu être identifiés. 

Le présent guide finalisé par Chikh Kab Amar en 2014, est le fruit d’un travail complexe et laborieux ayant exigé beaucoup de persévérance et une trentaine d’années d’inlassables efforts et de patience. Le concours précieux de nombreuses personnes pour n’en citer les plus importantes : El hadj el Hocine Ouamar Kebbal ; Halata H.Amar ; Said Nachikh Ouidhir Hessas ; Kechad Hocine ; Hadj Saïd Ouamar Kechemir ; Hadj Ali Kechmir ; Haned H.Ahmed ; Chikh Belkacem Hadid ; Hadid Said ; Halit Med Arezki ; Hanoune Rezki ; Hamlil H.Hocine et Chikh el Mouloud Immoune et pleins d’autres, ont été d’un apport déterminant pour sa mise au point. Un grand merci à tous. Adh yerham Rebbi widh Yemouthen, As Thoughzi laamar iwidh Yedrane.
Toute ma reconnaissance I Chikh Kab Amar, pour le travail accompli.




vendredi 18 septembre 2015

Aït-Bouyahia : Couleurs, senteurs et décors

 Mouloud Halit

Aït-Bouyahia : Couleurs, senteurs et décors

Thème : n° 9

Al-Ghella u-Zemmur : La récolte des olives

Plan du texte
Première partie : Comment la récolte est traitée d’une manière artisanale et traditionnelle
I) Introduction
II) Les synoptiques
III) Les synopsis
Deuxième partie : Après la récolte, bonheur et prospérité
IV) Rien ne se perd tout se récupère
V) Le bonheur des mois heureux dans les foyers
VI) Conclusions
MESSAGE D’ACCOMPAGNEMENT : Chers lecteurs et chères lectrices ceci est notre petit cadeau pour vous ! Il vous est offert gratuitement et gracieusement. C’est un petit cadeau littéraire, épistolaire qui rappellera pour certains les doux souvenirs se rapportant à la récolte des olives, et pour d’autres, par notre récit inédit, ils seront transportés par imagination vers notre village pour y découvrir dans les détails l’une de nos facettes rustiques et antiques. Soit dit, une facette de choix portant sur la récolte des olives, préconisée d’une manière artisanale et traditionnelle. Enfin, tant notre récit est quelque peu long, nous avons donc préféré de le scinder en deux parties, dont voici pour commencer notre première partie.
PREMIERE PARTIE
I) INTRODUCTION : En notre langage ancestral kabyle, l’olivier est appelé : Tazamurt. C’est une appellation digne et noble, tant dit-on, l’origine de ce mot est tirée du terme : Tazmart signifiant : vigueur et vitalité. Nos aïeux furent les pionniers de cette heureuse découverte, transformant du coup certains de nos lopins de terre en oliveraies. Depuis leur temps jusqu’à nos jours, l’huile d’olive demeure chez nous la denrée sauvegardée tant elle est précieuse et de prédilection. Pour l’avoir à l’état de consommation, nos femmes de métier préconisent un processus traditionnel, à titre individuel. C’est un système ardu et harassant mais dont l’effort n’est guère de la peine perdue en raison de la valeur inestimable du fruit de labeur. Soit dit, de la première olive gaulée jusqu’ à la première goutte d’huile extraite, il s’effectue maintes étapes distinctives et successives. Toutefois, ce processus opératoire n’est pas l’unique tant il y a la suppléance par les huileries publiques. Mais comme ce processus s’avère unique en son genre, voire remontant à la nuit des temps, dès lors de celui-ci nous en parlerons.


II) LES SYNOPTIQUES : Ce processus artisanal et traditionnel comporte les moyens de bord conventionnels. De par les étapes qu’il forme de « A » à « Z », ses moyens de bord peuvent s’énumérer distinctement, à savoir :
01) La gaule et les corbeilles : Amakhtef, thiqcwaline
02) Les sacs et les claies : Thichakarine, Iferrouguène
03) La cuve de pétrissage : Thivarkacht
04) Le bain d’eau, y compris la baguette ou canne de brassage : Amdhoun, Takast b-amdoun
05) Les jarres ou les amphores : Aqellal, Achmoukh
Tels énumérés, ces moyens de bord se référent aux étapes successives et respectives que nous pouvons dès lors spécifier comme suit :
01) Le gaulage des olives et ramassage : correspondant à l’étape de la cueillette
02) Le stockage, l’étalage et l’exposition à la chaleur du soleil : murissement ou murissage.
03) Transformation de la récolte une fois mûre à l’état de pâte : pétrissage
04) L’extraction de l’huile : l’osmose par bain d’eau
05) Remplissage des jarres et des amphores : conservation et stockage de l’huile.
Lors de ces étapes, nous déduisons aisément la répartition logique des tâches, où les membres de la famille y participent par catégories. Sauf cas d’exception, cette répartition en est habituellement :
01) Le gaulage destiné pour les hommes.
02) Le ramassage, pour les enfants.
03) Le stockage, l’étalage, le pétrissage, l’osmose et la conservation, pour les femmes de métier.

III) LES SYNOPSIS : Partant de ces synoptiques distinctifs, il revient à dire que la quote-part prépondérante en tâche est réservée à la gent féminine : les mères et leurs filles conjointement. Tout un travail de fourmi et de titan qu’elles se partagent, tant le tact et l’effort en sont respectivement de rigueur. Et à dire vrai, les femmes de métier s’en chargent des tâches essentielles ou de premier ordre, pendant que leurs filles (ou leurs enfants) s’acquittent des tâches élémentaires ou de second ordre. Au demeurant, pour ne pas nous encombrer dans trop de détails, en ce qui suit alors nous nous limiterons simplement aux tâches essentielles entreprises par les femmes de métier. Autrement dit, où la collaboration et la participation des enfants seront sous-entendues.
01) Avant la cueillette par gaulage, chaque olivier subit au préalable un entretien au sol. Cela consiste à décaper, désherber et nettoyer l’espace tout autour du tronc. Si le terrain est en pente, des digues espacées en rangées se font pour la collecte de la récolte lors de sa chute. Ce travail exigeant plutôt de la patience et non le grand effort, la femme l’inclut alors dans son planning. Au gaulage, elle est sous l’olivier à ramasser la récolte tombant dru comme de la pluie et tels des louis (la fortune). Toute corbeille remplie se déverse dans le grand sac sinon dans le grand panier en oseille. Le soir venu, l’on quitte l’oliveraie pour rentrer à la maison. Le sac rempli transporté à dos d’âne, et les paniers remplis, par les femmes sur leur dos.
D’un olivier à l’autre, puis d’une oliveraie à l’autre, l’achèvement de la récolte prend fin peu après quelques laborieux jours. Dans chaque maison, voire au jour le jour, la récolte se stockait en quantité en un coin réservé. Cette étape première accomplie, du coup l’on passe non sans joie à la seconde.
02) Ayant fini avec les oliveraies ou la tâche externe, les femmes de métier s’en prennent au murissement de la récolte qui est une tâche interne. Pour ce faire, chacune pour soi et à « l’individuelle » s’en sert de claies et de nattes, et ce, aux journées bien ensoleillées qu’elle guettait. Ces conditions réunies, tous les coins libres et ensoleillés de la maison, courette et toits y compris, en sont exploités à bon escient. La femme de métier place ses claies et étale ses nattes puis elle y répand soigneusement sa récolte d’olives. Ainsi exposées au soleil vivifiant, les olives murissent pour être bien fécondes en huile. La journée durant jusqu’au soir venu. Le soir venu, la récolte est reprise et remise en sac où elle est à nouveau stockée. S’y faisant à maintes répétitions, elle attendait avec espoir, de par son regard scrutateur, l’état mature de murissement. Ceci décelé de visu selon certains percepts concluants, dès lors la femme de métier passe - avec davantage de joie et de satisfaction, à l’étape suivante.
03) Du murissement ou murissage l’on passe à la Cuve de pétrissage. En général, cette cuve à usage individuel se réalise dans les habitations, trouvant place sous toit où elle est aménagée pour être à l’abri de la pluie, du vent et du froid d’hiver. De par sa conception, c’en est une cuve cylindrique dont le pourtour est amplement suffisante pour que la femme puisse s’introduire et travailler plus à l’aise. Cela dit d’un diamètre et d’une profondeur d’un peu plus d’un mètre pour chaque dimension. Quant à la tâche proprement dite, celle-ci consiste à déverser la récolte par poignées de mains et de la fouler et la piétiner incessamment du pied jusqu’à la transformer utilement en pâte. En s’y faisant longtemps durant, la femme paraissait comme marcher sur ses deux pieds : allant de l’avant, à l’arrière, et tournant sur elle comme pour un virage. Seulement - en y demeurant toujours à la même place, comme distance franchie, pas même le moindre pas, d’où cette devinette anecdotique qui l’illustre d’une manière explicite : « ay-al’high dwa ay-al’high ur-tebidh tardast , d’achouth ! ?» (combien que j’ai marché et marché, mais comme distance accomplie pas même la longueur ou portée d’une main, c’est quoi !?).

Au fur et à mesure, l’on récupère la pâte pétrie et l’on introduit dans la cuve d’autres poignées d’olives jusqu’à l’épuisement total de la récolte. Pour cette tâche, il va sans dire que la femme s’introduit les pieds nus, au préalable bien lavés, de même que retroussant la gandoura à hauteur de ses genoux pour raison de commodité. Une fois cette arrivée à son terme, cette suite alors avec un bonheur grandissant.
04) De la Cuve de pétrissage l’on passe alors au « Bain » d’extraction. Cela se faisant dans une cuve se remplissant en eau, laquelle est quasiment de même forme et de mêmes dimensions que la Cuve de pétrissage. Pareillement, la femme s’introduit pieds nus et la gandoura retroussée. Ce qui diffère - ça va de soit, c’est le mode opératoire. Aussi le lieu d’emplacement de cette cuve qui est plutôt externe et non interne. Comme la cuve est à remplir jusqu’à son bord en eau, alors leurs lieux d’emplacement se situent en toute évidence à proximité des fontaines. Ces types de cuves en sont donc un bien public. Les femmes se relayent tour à tour selon l’ordre des arrivées. Et chacune d’elles y travaillant comme suit.
Accompagnés de ses enfants, la femme de métier arrive au site avec son amphore pleine de récolte à l’état de pâte, y compris l’arsenal en ustensiles nécessaires. Nommément le tamis, les seaux, la baguette (ou canne) de brassage, les sacs et la cruche, etc. Sans cela, cette étape - exigeant de l’affinité pour sa finalité, ne peut aboutir au résultat escompté. D’où alors la femme qui opère méticuleusement, conformément aux détails suivants.
Après avoir rempli par l’eau de source le « Bain », la femme se lave au mieux les jambes et les pieds. Après quoi, elle s’introduit dans ce « Bain ». Si l’eau s’avère trop froide, elle ajoute un peu d’eau chaude qu’elle aura ramenée ou qu’elle pourra préparer sur site. Ceci accommodé, la tâche à faire consiste à extraire par osmose l’huile de la pâte. Voici comment.
Y travaillant par dose, la femme prélève de l’amphore deux à trois quantités de pâte d’olives. Moyennant ses mains jointes. Une fois la dose versée est concluante, dès lors avec la baguette (ou la canne) de brassage, elle brasse l’eau tout en remuant la pâte afin d’engendrer la dilution. Ce processus énergique produit par osmose, la séparation des noyaux, de l’huile, et de la pelure d’olives. L’huile et la pelure - de consistance légère, émergent alors à la surface de l’eau. Quant aux noyaux, ils stagnent au fond du « bain » en s’entassant. Par maintes répétitions, la surface de l’eau forment une couche d’huile et de pelure d’une épaisseur conséquente. Ceci obtenu, la femme de métier prélève ce tout, tout en douceur avec ses mains jointes. Dans un seau surmonté d’un tamis, elle déverse ses prélèvements. Grâce au tamis de filtration, il s’effectue la séparation de la pelure et de l’huile : le seau reçoit l’huile et le tamis qui retient la pelure. Telle est donc l’astuce traditionnelle préconisée pour l’extraction de l’huile. Ou une astuce qui est simple mais au mieux efficace. Tout en opérant ainsi, la femme épuise au fur et à mesure la totalité de la pâte ramenée. D’où en fin d’opération, l’huile de qualité qui est soigneusement versée dans la cruche appropriée, l’huile « bourbeuse » (ou le magma d’huile) qui est récupérée dans un seau, la pelure dans un sac et les noyaux dans des seaux. Soit dit rien ne se perd tout se récupère. Ceci fait, la bonne femme et ses enfants y retournent à la maison, tout contents.
05) Les jarres ou les amphores de stockage et de conservation, en se remplissant en huile dans chacun des foyers, constituent l’étape heureuse et finale du traitement de la récolte. Dès lors les bilans s’établissent et se sachent. Selon la saison, ils sont ou maigres, ou moyens, ou conséquents, ou mieux encore : excellents. Pour mieux dire : avec assurément un minimum de rendement garanti. Comme on peut dire ce système préconisé fait appel à des efforts ardus et harassants, y compris le tact et la patience. Toutefois, le rendement revient tout entier à l’exploitant. Et ce rendement - en s’avérant conséquent ou satisfaisant, avec les jarres ou les amphores de conservation toutes pleines, dès lors au sein des foyers les membres de la famille savourent tout un bonheur et une prospérité, non pas des jours heureux durant, mais des mois durant.
IV) Ce qui est important dans la récolte des olives ce sont ses profits avantageux de par ses quantités conséquentes dont découlent les bienfaits divers sinon multiples. La récolte traitée jusqu’à la fin, elle se retrouve pour l’heure soigneusement disponible au sein du foyer. Dont au commencement, l’heure des bilans.
Tout passe en revue en n’omettant rien, absolument rien. Ou les bilans qui s’évaluent diversement avant d’entamer en toute aisance la vie familiale, redevenue heureuse et prospère. A dire vrai, les bilans englobent celui qui - de prime abord, figure en tête de liste, ou l’huile proprement dite. Après quoi surviennent ceux secondaires, relatifs aux récupérations. Et tous qui sont conséquents le plus souvent. D’où au sein du foyer, il y a suffisance, y compris d’heureux excédents. A la répartition – partant des bilans, les quotas respectifs établis sont sensés tenir pour longtemps. Et ces quotas déduits après concertation entre le père et la mère. Chacun de son côté se doit de prévoir et d’énumérer les indispensables dépenses. Tout doit passer en revue, sans oublier les fêtes religieuses et les cérémonies traditionnelles. Et la solution appropriée qui finit par se conclure au grand bonheur et à la grande satisfaction de la famille toute entière. Il va sans dire que chacun des quotas fixés comme il est géré à bon escient.


A commencer par l’huile, et selon le nombre de jarres ou d’amphores remplies à leur top-niveau, les prévisions familiales s’esquissent d’abord puis se peaufinent jusqu’à parfaire l’équitable répartition. En clair, une répartition à long terme et à toutes fins utiles. Comme esquisse, il y a la vente d’un quota et la préservation d’un autre. Ou ce dernier quota réservé pour la famille. De là partant, tout s’étudie judicieusement et se peaufine minutieusement. Concernant la vente, elle est préconisée pour s’assurer la rentrée d’argent liquide, nécessaire au ressourcement du budget familial. Quant au quota réservé pour la famille, il est destiné pour les besoins requis en consommation d’huile. Soit dit, ces deux prorogatives qui sont donc impératives pour la famille. Ainsi que nous allons l’élucider.
En disposant d’un bon budget, l’achat des produits manufacturés, des vêtements et des chaussures, des fournitures et articles scolaires, et autres se règlent sur le compte de ce budget ressourcé. A dire vrai, la vente d’huile compte parmi les créneaux juteux de ressourcement. Pour ce qui est des prix ou des tarifs appliqués, il y a une sorte de mercuriale locale qui les établit et les fixe d’une manière officieuse. Et sa propagation qui s’y mène à l’efficace sans medias aucun si ce n’est par une radiotrottoir redoutable et puissante. Et mieux que tout, ces tarifs de vente que cette « mercuriale » fixe selon l’estimation judicieuse de cette denrée précieuse, lesquels en sont reconnus et appliqués en conformité. Ce faisant, la bourse ou le budget de la famille se bombe et se gonfle jusqu’à devenir au mieux rondelette. D’où l’assurance à long terme pour l’octroi des nécessités sus cités, voire partant des moins coûteuses aux plus coûteuses. Voilà tout pour ce qui est de la vente, et raisonnablement, nous arrivons au quota d’huile destiné à la consommation. En vue de le développer ou de le décortiquer amplement. Là, pour raison de commodité, nous en parlerons peu après qu’on aurait anticipé sur cette question portant sur les récupérations.
Au retour à la maison en y revenant du « Bain d’extraction », rien n’est laissé comme perte au site. Tout avait été soigneusement récupéré. La pelure d’olives, les noyaux d’olives, et le « magma » d’huile en sont ramenées séparément, dans des récipients appropriés. Et ces récupérations qui sont ainsi exploitées à bon escient.
Sauf erreur ou confusion, la pelure s’offrait comme aliment pour quelque bétail domestique qui l’apprécie. Sinon, et pour sûr, elle trouve sa raison d’être - à l’exemple des fétus de paille, pour attiser et flamber au mieux les feux de cuisson, allumés en cuisine. Voire un palliatif efficace pour bien enflammer les bûches ou le bois sec. Tant la quantité accumulée englobe toute une récolte, tout un stock conséquent est mis de côté, prédestiné pour les périodes cruciales. Notamment celles de l’hiver, quand sévissent les intempéries de neige, bloquant les routes et condamnant tout déplacement. Telle en est l’essentiel à dire sur cette première récupération, et la deuxième qui concerne les noyaux d’olives.
Là encore, bon nombre de sacs pleins se retrouvent adossés contre le mur, paisiblement stockés en un coin de la maison. Ce gros stock s’utilise comme combustible de secours, pareillement pour les feux de cuisson, et aux périodes cruciales. L’efficacité de ces noyaux étant prouvée, ainsi sont-ils préconisés comme suppléant pour le bois mort ou le bois sec. Ceci dit, nous arrivons à la suite qu’est l’huile « bourbeuse » ou le « magma » d’huile.
Cette troisième et dernière récupération est préconisée essentiellement pour deux raisons. Soit dit, la quantité globale qui est repartie en deux quotas distincts. Le premier quota est prédestiné pour la fabrication artisanale ou traditionnelle du savon de lessive. C'est-à-dire : en l’amalgamant avec proportion à des ingrédients additifs. Le second quota s’utilise tout bonnement comme carburant. A cette époque - remontant aux années soixante, les lampes à carbure en sont les seules préconisées pour l’éclairage des foyers, à défaut d’électricité. De même que ce recours est avantageux tant qu’il permet d’économiser sur l’achat du pétrole. Ainsi pour quelque temps, y remplit-on les réservoirs de ces lampes avec ce « carburant » de fortune. Ou l’éclairage amplement efficace par suppléance, sans frais aucunement. Voilà tout pour ces récupérations, et comme suite - tel que promis, nous arrivons aux bienfaits, ou les bienfaits éminents, des stocks d’huiles de consommation.
V) Pour annoncer la couleur, ces stocks forment l’un des atouts pour le bien-être au sein du foyer. Après que les problèmes d’ordre financier, nutritionnel et matériel furent apurés, il ne reste plus qu’à vivre dans l’aisance, pour ne pas dire dans l’opulence. Qui mieux est, après les temps des disettes sinon d’austérité qui ne sont plus qu’un passé à oublier. Ce passé où - il convient de souligner, l’on rationnait les enfants tout leur recommandant de garder la ceinture bien serrée. Pour l’heure, l’heureuse période emplie de bonheur et de prospérité qui revient et qui reprend à nouveau pour eux. Où les repas seront au quotidien améliorés, et chaque membre de la famille qui pourra se régaler à satiété. Autrement dit : Bienvenue à la quantité et à la qualité ! Avec ces repas et ces galettes de choix, assaisonnés sinon cuits ou frits à l’huile d’olive. Dont la saveur et le gout donnent par avance de l’eau à la bouche. Dont l’appétit gourmand vient en mangeant. Dont après manger, ce plaisir inévitable à se lécher les doigts et à se pourlécher les lèvres : succulence oblige ! Et qui dit succulence, y dit d’innombrables mets succulents relevant du terroir, parmi eux ces cas d’exemples concrets, voire des plus fréquents :
- Lasfendj ou Lakhfaf, ces beignets cuits à l’huile d’olive, saupoudrés de sucre ou pas. Qui donc pourrait s’en passer de les raffoler jusqu’à se gaver !
- Tamtunt n-azith, ces galettes plates et rondes cuites pareillement à l’huile, voilà encore une autre gastronomie à profiter pour bien satisfaire toute gourmandise ou toute convoitise !
- Seksou idh-ahnène, ou le couscous huilé, mélangé avec des légumes sinon des féculents. En pareilles occasions, notifions cette heureuse locution proverbiale en étant souvent formulée, pour marquer le bonheur et l’extase au devant d’un tel plat ou d’un tel festin : « Atch ay-azawali ! » (Profites-en à t’empiffrer ô pitoyable!)
- Etc.
Autant dire, cette reprise (ou ce recommencement) qui est ressentie telle une « bouffée » d’oxygène. Longtemps durant au sein du foyer. L’atmosphère ambiante y règne tacitement sinon implicitement. Tant la pauvreté et l’austérité avaient cédé la place au bien-être et à la prospérité. Quel heureux présent avec un excédent en provisions et comme prévisions !
Tel est en définitif notre aperçu plus ou moins détaillé sur la récolte des olives, dite : Al-Ghella u-Zemmur. Et pour finir, passons aux conclusions.
VI) En survenant, Al-Ghella u-Zemmur marque le début d’une heureuse période. Grâce au travail de la terre, qui de surcroît, sur la terre de nos ancêtres. Comment ne pas être au mieux satisfait d’une telle récolte locale en étant l’une des ressources formelles pour le bien-être en chaque foyer !? Où un climat d’aisance - voire d’opulence, s’instaure et perdure longtemps durant. Autant dire, cette récolte qui représente l’une (des subsistances) ressources vitales en même temps qu’une source d’argent pour la famille et le foyer. Autrement dit un atout vital pour l’autosuffisance en terre ancestrale. Voire du « pétrole » vert plus avantageux que le pétrole « noir » en étant directement nourrissant. Pourvu que nos paysans et nos paysannes prennent conscience en continuant à prendre bien soin de nos oliveraies. Ou la bonne idée à les préserver, à les entretenir, et pourquoi pas… à les promouvoir !? …
TANMIRT U NA-DJAKOUN DHI-LAHNA !
Très prochainement, inch’Allah : notre thème (ou article) n° 10 sera consacré à un tronçon de route digne d’être évoqué. C’est l’extraordinaire raccourci partant de Laxmis et montant à destination de Budahmène. Et à le citer par son vieux nom : Avridh at kharouvt. Attendez-nous !

TANMIRT U-NADJAKOUN DHI LAHNA !

El hadj El hocine Imaren Immoune


 Kechad Rachid

El hadj El hocine Imaren Immoune


L’opération de circoncision organisée avec brio par l’AA.JAB (Association d’Animation de la Jeunesse d’Ait Bouyahia), au profit de quarante quatre (44) enfants en ce fin du mois d’aout 2015, a ressurgi en moi un souvenir enfantin et mémorable qui, pour moi ,est une belle raison pour vous faire voyager dans le cœur du passé pour mettre en relief les vertus de l’un des hommes illustres du village , qui à mon sens, mérite amplement d’être connu par tous. Il était un homme discret qui a su donner à son existence un sens utile, en mettant son savoir faire (tamusni), sans préjugés et sans prétentions aucune, au profit de ses semblables.
Les personnes dont l’âge dépasse aujourd’hui la cinquantaine, ont tous, en mémoire la souvenance de cet homme sans égal, dont la réputation demeure ineffaçable comme une épitaphe. Les villageois qui le connaissent ou qui ont entendu parler de lui, ne tarissent pas d’éloges en reconnaissance à ses innombrables services qu’il a accomplis durant une longue partie de sa vie, inscrivant ainsi, son nom en lettres d’or, dans l’histoire du village. 
La lutte contre l’oubli, la recherche des faits de nos ancêtres et des lieux dont ils ont été acteurs ou témoins est un devoir commun, indispensable pour perpétuer la transmission de notre histoire aux générations actuelles et futures. Dans le même ordre d’idée, je vous amène cette fois-ci du coté de « Louvair »un lieu luxuriant et paisible, situé à peu prés à mi-chemin entre lakhmiss et Takarbouzth, pour élucider la grandeur d’un personnage connu pour certains et méconnu pour d’autres et, de dévoiler les grands actes qu’il a rendus de façon sincère à la communauté villageoise. 
Sans trop tarder, il s’agit d’El hadj El hocine Imaren Immoune, fils de Mouh’dh Imaren et de Hamadane Yamina, fille de Ali Iouachikhen.
À l’instar des autres familles du village, touché par les affres de la faim, il a commencé à s’intéresser en étant enfant, à la peine du travail de la terre pour subvenir aux besoins multiples les plus élémentaires de sa famille. 
Le travail de la terre est peu rentable à cette époque, dans l’objectif d’améliorer sa situation sociale, il part en France en 1910, à l’âge de 19 ans, où il a exercé avec maitrise et art le métier de maçonnerie dans plusieurs chantiers. Quelques années plus tard, vers la fin de la première guerre mondiale, plus exactement 1918, il retourna au village pour se consacrer à nouveau, au travail de la terre et à son métier de prédilection qui est la maçonnerie et la menuiserie « anadjer Na’nchir » (Artisan menuisier). A titre d’illustration, l’épicerie de Moh Tahar Na’Said Oul Hadj Hessas, située en plein centre de Lakhmiss, appelée habituellement « Thahanouts Tahar El hocine » est l’un des exemples typique des belles constructions réalisées, par la force des bras de cet homme. 
Quelques mois après son retour de France, il fonda un foyer une première fois avec une femme originaire du village D’Ait El hadj. Quelques mois après le mariage, il se sépare d’elle pour épouser en seconde noces, KemKem Djouher avec laquelle il a eu en 1920 le grand Moudjahid Mohamed El Hocine Imarene Immoune. 
Après le décès de celle-ci, en 1931, naquit moh Oubelkacem suite à son troisième mariage célébré avec Immoune Sadia avec qui, il a vécu quelques années seulement. Après sa séparation de cette dernière, il se remarie l’année d’après pour la quatrième fois, avec Labane Sadia. 
En marge du métier de maçon qu’il exécute à merveille, il était arracheur de dents: Itsak'sed thughmass, soigneur des entorses et luxations: I-jebber alagh’zem et la pratique de la circoncision traditionnelle où, tous les garçons nés à partir de 1949 jusqu’à la fin des années 1960 ont été tous circoncis par les mains de cet artiste.
En général, El Hadj El Hocine se déplace sur rendez-vous, à domicile du bambin où les parents, les cousins et les oncles de l'enfant à circoncire le reçoivent au seuil de la porte avec respect et considération. Les cris de l’enfant n'ont aucun effet sur les faits et gestes du praticien de la circoncision. Sans perdre du temps et sous couvert de youyous intermittents et de chants religieux, on contrôle bien le petit pour maitriser ses mouvements et, on le présente les jambes écartées à Vava El hadj. En homme malin, il demande à l’enfant de regarder l’oiseau qui vole au-dessus de la maison , en un clin d’œil et d’un geste net, précis, concis et ajusté par l'habitude, coupe le prépuce par une lame de rasoir de barbier, traite la coupure et remet le garçon à sa grand-mère paternelle qui le remettra à l’instant même à sa maman, qui va s'efforcer à le calmer à coup de caresses et de promesses d'aller fouetter la méchante guêpe à coups de bâton. 
Dès la fin de l’acte, les instruments et accessoires disparaissent comme par magie pour donner place au plateau de thé aux beignets et à l’omelette Kabyle sucrée (Tahboult n'Tmelaline) ou "Lamssemen" que les présents savourent en discutant de tout et de rien, en attendant que l'enfant cesse de hurler et, qu'il ait pris une tisane pour le faire endormir sur le lit préparé à cette occasion. Pendant ce temps, s’élève le chant (D’ker) mélodieux des femmes, une véritable ambiance de fête et de joie règne dans la maison familiale. 
Avant de partir, Vava El hadj opère une vérification systématique pour s'assurer qu'il n'y a pas de veine qui coule. Ce n'est qu'à la sortie qu'on lui mettait discrètement à la main une somme en guise de remerciement, dont il ne vérifie jamais l'importance, sans omettre bien entendu, de l'inviter pour le repas du soir. Il ne s'en va qu'après avoir récité des prières pour un prompt rétablissement du petit garçon et la prospérité de la famille.
Sa notoriété dépasse largement les frontières du village, de part sa maitrise du métier, fréquemment, il est sollicité pour exécuter la même tâche dans les autres villages avoisinants. Compte tenu de l’absence de moyens de transport automobile à cette époque, ses déplacements en dehors du village, sont régulièrement effectués par son incontournable baudet adaptés à la vie rustique et aux sentiers escarpés. Un animal fort et docile, qu’il chouchoute et veille à son entretien pour le maintenir en bonne santé. Comme disait le dicton : Faut semer, pour récolter. 
Parvenu désormais à sa pleine maturité et de part son intégrité et son honnêteté, il fut désigné par le comité du village par deux fois en qualité de « loukil », une première fois en 1946 et une seconde fois en 1956, pour s’en occuper bénévolement de la gestion du mausolée d’Akkal Aberkane, un lieu saint, propriété collective du village d’Ait Bouyahia.
En homme pieux, attaché aux percepts de la religion musulmane, probablement en 1964 à l’âge de 73 ans, il se rend à la Mecque pour effectuer le grand pèlerinage.
Affaiblit quelque part par l’âge, chez lui, à la maison, il consacre une bonne partie de son temps aux travaux de bricolage et de jardinage. Derrière sa maison, une clôture est dressée tout au tour de sa propriété pour qu’aucun intrus ne peut s’introduire et, de la mettre à l’abri des animaux, particulièrement des sangliers. Un jardin de moyenne superficie, régulièrement entretenu, dans lequel il a planté plusieurs arbres fruitiers notamment les cerisiers, les rosiers parfumés de différentes variétés et de couleurs (blanc, jaune et le rouge foncé). En effet, il suffit juste de contempler son jardin orné de fleurs multicolores pour se rendre compte de ses gouts et l’amour qu’il accorde aux plantes, au jardinage, bref à la nature tout court. Et oui, La beauté de son jardin verdoyant procure inéluctablement un plaisir et un régal assuré pour les yeux, s’exclame un ami. 
La maladie contre laquelle il s’est battu avec beaucoup de courage depuis des mois, a fini par l’emporter en 1974 à l’âge de 83 ans. Le jour de son enterrement, tout le village et tous les gens des villages de la commune ayant eu l’information de son décès étaient en deuil. Les témoignages de sympathie et d’estime des gens affluent par dizaines pour saluer d’une même voix cet homme hors du commun.
L’âge réel de la personne ne se mesure pas par le nombre d’années vécues, de sa naissance jusqu’à sa mort, mais plutôt, l’âge réel de la personne se mesure par combien la personne a laissé et légué de bonnes œuvres. Et seules, les bonnes actions font prolonger les âges. 
Autant dire que sa notoriété et son action ont fait de lui l’un des hommes les plus respectées du village. Il a su donner un sens concret, utile à sa vie. 
Certes le corps de Vava el Hadj El Hocine habite la tombe, ses œuvres par contre, restent et resteront en notre mémoire comme l'âme vivante qui brille de par ses incalculables services. Repose en paix, wa Kirham Rebbi. Merci.
Nota bene : Merci I chikh Amar Kab de m’avoir fourni quelques renseignements précieux.

En hommage I’yemma Wardia Meziane Hessas

Rachid Kechad

En hommage I’yemma Wardia Meziane Hessas

YIWENE YELLA OULACHITH, WYIWENE OULACHITH YELLA
L’existence d’un individu se poursuit dans le souvenir des autres. En effet, la mort ne peut effacer des souvenirs. Les souvenirs sont les rires, les pleurs, les manières, la voix de la personne et sa façon habituelle de se comporter.
La vie est faite d’événements heureux et de douloureuses épreuves. Quand on est confronté à un événement regrettable causé par la perte d’un être cher, toute la famille, tous les voisins, les amis et les concitoyens se mobilisent pour tenir compagnie aux proches du défunt et soulager un tant soit peu leur souffrance et, toute la communauté éprouve de la pitié et prend part au malheur qui frappe la famille.
Le village veille le défunt toute la nuit, parfois deux nuits consécutives dans le cas d’attente d’un proche émigré. Quand un décès survient, tout le village s’implique de sorte à ce que les parents du défunt soient allégés sur tous les plans : matériel et émotionnel.
Et en vue d’occuper les veilleurs et leur faire rappeler la mort, la nuit, jusqu’à une heure tardive, des chants funèbres, “d’dker”, sont psalmodiés. “D’dker” est un chant anonyme, groupal, constitué de termes simples, évoquant la grandeur de Dieu et sa miséricorde ainsi que la personnalité des prophètes, le jugement dernier et autres éléments relatifs à la mort. Les textes chantés sont de la poésie populaire, une poésie concise, limpide et facile à mémoriser.
La transmission de ses D’dker se fait de génération à génération, de village à village.
Jusqu’à une date récente, les poèmes restent anonymes, il n'y a pas d'auteur, pas de risque de plagiat, on reprend les poèmes, les proverbes, toute la sagesse des anciens, sans les citer, tout simplement, on ne les connaît pas.
Le répertoire des chants kabyle se distingue par sa richesse, autant que par sa diversité. Il témoigne de la vie intense d’un peuple caractérisé par une oralité très forte. Le Kabyle, astreint quotidiennement aux dures taches, le chant constitue pour lui, un moyen d’évacuation et d’extériorisation à la fois physique et psychique.
En dehors des chants religieux, les diverses activités physiques de base s’effectuent en chantant : Ce sont les chants du foyer, dévolus aux femmes, comme les berceuses, les rites pour la guérison, les louanges du bébé, les mélodies qui accompagnent le tissage, le ramassage des olives, la récolte de figues, lors de travaux pénibles et autres activités extérieures et Pendant les fêtes, pour faire les louanges du nouveau-né, de l’enfant circoncis, ou des marié(e)s.
De belles mélodies accompagnent les veillées du mois de ramadan, pour annoncer l’heure du S’hour ou les chants rituels relatifs à la collecte de la viande séchée et salée « Achadhlouh » pendant la fête de l’Achoura.

Par ce présent récit, je tenterai un peu soit-il de vous faire revivre de manière simple dans le présent, une figure emblématique pleine de sagesse et de bonté bienveillante dont la grandeur dépasse largement les frontières de son village natal.
Qui de nous qui ne se rappellent pas des veillées funèbres des années 1970 jusqu’au début des années 1980, psalmodiées par un groupe d’homme bénévole orné et charmé par la présence de Yema Ouardia Meziane Hessas, l’unique femme du groupe. Le groupe est composé principalement de : Ahmed Ou Tahar Kabouche ; Kechemir Ahmed mouh Ousaid, Kechemir Said Ouamar, Harani Ouali, Kechemir Ahcène, kechemir Hocine, Kechad Hocine, Kloul Ahmed N’Taieb et Iboud Mohamed.
Ensemble, ils forment un groupe homogène dans lequel leurs voix s'accordent en parfaite harmonie. Yema Ouardia Meziane sans s’efforcer aucunement et de par avec sa voix généreuse, empreinte d’émotion, unique et inimitable à en faire pâlir les chanteurs les plus réputés de son époque, contribue à soulager la douleur de la famille du défunt et, subjugue les présents en provoquant en eux un sentiment de bien être. Yema Ouardia Meziane infiniment sage, en l’écoutant, notre esprit se détache carrément de ce bas-monde.
Cette femme hors du commun, née le 07 Juillet 1909 à Ait Bouyahia, fille de Meziane et de Himeur Dehbia Oumeziane. Privée de la vue à la naissance, elle n’a jamais été dépendante de quelqu’un durant toute sa vie. Sans aucune assistance, elle accomplissait ses innombrables taches quotidiennes le plus normalement du monde. Après un long parcours dans le domaine du chant funèbre, voué au service des personnes affectées, elle nous quitte le 24 février 1994, à l’âge de 85 ans, suite à une brève maladie. En ce jour de froid du mois de février, elle fut inhumée en présence d'une assistance très nombreuse venue lui rendre un dernier hommage. Elle était d’’une qualité sans pareille, sa disparition a affligé profondément le groupe. Depuis son décès, aucune autre femme n’a pu avoir l’audace d’intégrer le groupe.
Sa grande disponibilité (iw-udem Rebbi), sans préjugés et sans prétentions au service des autres, l’a fait monter au trône de l'immortalité d’où, elle n’a jamais redescendu. Les souvenirs immortels que tu as laissés ne s’effaceront jamais. Tout le monde se souviendra de toi. Repose en paix YEMMA Ouardia. Merci