samedi 24 octobre 2015

Lifa Hennad


Une femme hors du commun, une femme pas comme les autres, une femme fière de sa féminité, une musicienne de talent, une interprète avec une voix douce, une belle femme qui travaille fort , qui s’assume, qui s’impose et qui s’implique dans la société pour aider les autres et apporter le meilleur de soi-même.
C’est sur scène que je la découvre en robe kabyle orange  fleurie avec un luth entre ses mains. Elle vibre les cordes avec ses doigts magiques tout en accompagnant cette belle mélodie avec une magnifique voix envoutante et douce. Elle chante tous les styles de musiques, du châabi, du folklore, du moderne, etc. et elle le fait de belle manière. 
Issue d’une famille de musiciens, père et frères, Lifa nous emmène au-delà du rêve …
Découvrons cette musicienne de talent à travers ces quelques lignes…
Azul @ Lifa et merci d’accepter de répondre à ces questions.
1-      Avant de parler de la musicienne, c’est qui Lifa ?
Je suis une jeune femme d'Ath douala, plus exactement d'Ath Bouyahia, venant d'une famille de passionnés de musique, diplômée en sciences juridiques et je travaille actuellement dans le cadre du dispositif pré-emploi à la direction de la jeunesse et des sports de Tizi-Ouzou.

2-      Une femme musicienne et qui s’affirme dans notre société… peux-tu me l’expliquer ? pour une fille, pratiquer de la musique est vraiment très difficile dans notre société.
Crois-moi, je ne suis pas la seule fille à me plaindre, car mon cas est celui de beaucoup de filles dont les parents interdisent à celles-ci de sortir avec un instrument dans la rue. En un mot, chanter ou jouer un instrument reste un tabou.
3-      Vous êtes la première femme active dans une association culturelle au sein de notre village, comment as-tu fais pour  (t’imposer)  ou bien rentrer dans cet univers d’hommes ?
  J’ai toujours aimé le mouvement associatif, et voilà que l'occasion se présente pour moi d'être membre dans une association au sein de mon village, et j’y profite pour y adhérer et me porter candidate.  Mon intention par-là est d'activer et surtout de donner l'exemple aux filles pour les inciter à participer aux activités culturelles, scientifiques et sportives de l’association.
J’ai personnellement appris beaucoup de choses dans le mouvement associatif, tel que  l'art de communication, la sociabilité et plein de choses utiles pour ma vie professionnelle.

4-      C’est quoi ton rôle et que penses-tu apporter pour le mouvement associatif ?
Je suis membre assesseur et animatrice dans la section musique. Mon rôle est principalement de découvrir de nouveau talents.


5-      Tu es un modèle pour plusieurs, malgré les critiques des autres, surtout pour les femmes ; que penses-tu de cela ?
Je suis indifférente vis-à-vis les critiques des gens, car je ne vois pas où est le mal dans ce que je pratique.
Je ne suis qu'une amoureuse de la musique, et cet art n'a jamais été un déshonneur.


6-      Quelle place doit occuper la femme dans notre société et surtout dans notre village ?
Je connais plusieurs femmes talentueuses et dans différents domaines, mais malheureusement elles n'ont pas cette chance d'exploiter leurs talent pour cause de certains tabous qui persistent dans la société. La place doit leur revenir pour s’affirmer.

7-      Parlez-nous de tes objectifs sur tous les plans et spécifiquement sur le plan culturel et artistique.
Étant une vraie passionnée de la chanson et de la belle musique (de tout), j'aimerai bien chanter sur des thèmes qui me touchent le plus et qui me rongent le cœur, tels les hommages…

8-      Je suis de très près les activités culturelles et sociales de l’Association d’Animation de Jeunes d’Ait-Bouyahia (AAJAB)  dont vous êtes membre, comment vous faites pour travailler sans relâche sur tous les plans ?
Je le considère comme un devoir envers la société et le village, c'est un engagement que je ne peux relâcher ou regretter.
Être serviable pour le bien de la société, notamment nos enfants, fait partie de ma nature.
Tout ça fait ma joie et mon bonheur et je suis heureuse.

9-      Ton musicien, chanteur ou artiste préféré … pourquoi ?
Je porte une grande considération pour tous les musiciens et chanteurs sans exception.
J’ai petit penchant pour Idir  et zedek mouloud :
J'adore idir, car il chante des airs kabyles avec une touche moderne et Zedek pour sa belle poésie.

10-   La belle voix féminine de la chanson kabyle ?
Nouara représente pour moi la diva de la chanson kabyle

11-   Ton instrument préféré ?
J’aime tous les instruments, cependant la guitare est mon compagnon fidèle.


12-   Composes-tu ?  quelle chanson / poème ….?
Dans ma première chanson "hommage à Mohammed Benhanafi" je n'ai donné que ma voix, dans la deuxième chanson "a vava " en hommage aux parents, j'ai partagé l'inspiration avec mon ami Lekhal Nouredine.

13-   Que penses-tu de la chanson Din din de Zedek Mouloud que tu as interprété avec brio ? La chanson "din din " de zedek me plait beaucoup, j’aime sa composition, et j'aime toutes les musiques sentimentales.

14-   Parles-nous de ta complicité avec ton père et  tes frères musiciens.
Frères et amis, Je ne reçois que des encouragements. Mes deux frères "Picha " et "Moh " sont mes musiciens préférés.


15-   Un mot sur ton village, ses hommes, ses femmes et ses enfants :
Je parlerai des enfants: symbole d’innocence.
C'est la future génération. Agissons donc pour leur épanouissement.
 
16-   Ton mot de la fin.
Je vous remercie infiniment Kamel Harani pour la considération et de m'avoir donné l'occasion de me présenter.
Je profiterais l'occasion pour remercier tous ceux qui m'ont encouragé, que ce soit au village  ou ailleurs.

Tanemmirt @ Lifa 

mercredi 21 octobre 2015

Larva-n’Ath-Douala : Couleurs, saveurs et décors

 Mouloud Halit

Larva-n’Ath-Douala : Couleurs, saveurs et décors

Thème : Souk-Larva


Larva n’Ath-Douala est notre commune parmi les communes de Haute-Kabylie, en Grande-Kabylie. Avant d’être une Daïra, longtemps durant elle demeura une commune dont son chef-lieu de commune est : Béni-Douala-Centre. Plus d’une vingtaine de villages sont rattachés à sa circonscription. Et le chef-lieu de commune - telle une cerise au milieu du gâteau, qui est à peu près au centre. Ces villages parsemés en éparses dont aux flancs et aux sommets de collines et de vallons, sont assimilables à de petites républiques. De petites républiques quasi autonomes grâce à leurs modes concluants d’organisation. Cependant, sous ce toit commun qui les coiffe, en l’occurrence, le chef-lieu de commune. C'est-à-dire : Béni-Douala-Centre, avec ses établissements, ses institutions, ses offices, et d’autres biens publics. Autant dire, un point focal indispensable de par les services et les prestations qu’il assure au quotidien. Dans l’intérêt général des villages et de leurs habitants. Et ce, auprès de la Poste, de la Gendarmerie, de la Mairie, du Dispensaire médical, du Collège d’enseignement, du Marché public, etc.
Ceci dit, notre présent article sera consacré à l’un de ces biens publics, tout entièrement. Nommément ce dernier cité qu’est le Marché public, connu sous son nom dialectal : Souk-Larva.
Les villages en sont fidèles aux ouvertures hebdomadaires de ce seul et unique marché local. Chaque mercredi, Souk-Larva s’anime en un mouvement amplement conséquent. L’affluence massive venant de toutes parts se concentre en l’entrée, dès les lueurs du jour pointant au levant. Toute une gente masculine dont les marchands (Tsejjar) et les clients (Imsawqen) en sont attirés comme fait l’aimant pour le fer. Où chacun est sensé obtenir là la satisfaction souhaitée, au but ou à la motivation de son déplacement. Mais avant de parler de cela, ce marché qui est à situer de prime abord.
En tant que bien public des plus anciens, Souk-Larva est situé à la sortie Ouest de Béni-Douala-Centre. Au site dit : Ighil-Hamou. Plus exactement, en contrebas de la route carrossable, ou la « départementale » menant à Tizi-Ouzou : chef-lieu de wilaya. L’entrée principale du marché donne directement sur cette route, permettant l’accès des charrettes et autres véhicules de transport de marchandises. Ainsi une fois rempli, ce marché qui ressemble tant soit peu au grand bazar à ciel ouvert.
Toutes sortes de transactions commerciales s’y mènent de bon aloi et à bonne allure. Notamment les achats, les ventes, les trocs, les échanges, et autres. Voire en tout et tout partout : le bétail, les marchandises, les produits agricoles, les produits manufacturés, et autres. Surtout les produits locaux et la production nationale au mieux prédominants.
D’une saison à l’autre, les étalages se différencient. Les offres s’harmonisent selon la disponibilité et la demande. Pour lesquels les clients affluent massivement. De même qu’au fil des ans, le marché qui évolue au gré des changements, voire de l’évolution. Ainsi force nous est de focaliser une époque bien précise. A juste titre, une époque quelque peu lointaine où le marché n’était qu’une simple plate-forme, assez spacieuse néanmoins, et délimité par une clôture grillagée. Qui plus est, l’animation et l’ambiance s’avéraient ferventes.
A cette époque, les gens affluaient tant plus avec des baudets bien chargés et d’autres baudets à bien charger. D’autre encore avec des paniers bien remplis, et d’autres, avec des paniers vides à remplir. Et le marché, dans sa simplicité et sa rusticité, qui reçoit tout son monde pour l’accomplissement de sa noble mission.
Dès l’entrée, c’est le commencement des étalages en double rangée, séparée par une allée assez large et assez longue. Cette allée permet la circulation libre des clients, des charrettes et d’autres « transports » de marchandises. A l’autre bout de l’entrée, s’étale la plate-forme en pente douce, avec sa panoplie de « stands » conventionnels, ordonnés pareillement en rangées espacées. Et l’aperçu global nuancé de l’aspect ordinaire à l’aspect commode.
Comme aspect ordinaire, un baluchon simple ou précaire étalé à même le sol. Pour le reste, sans ordre établi, des établis de fortune, couverts de nappes ; des tables pliantes surmontées d’une toiture démontable ; un ou deux véhicules, avec des haut-parleurs posés au porte-bagages, dont les chauffeurs en même temps commerçants font leur réclame en tenant des micros. Outre d’autres types d’étalages, ces cas d’exception.
En premier, l’aménagement réalisé tout en dur dont des paillasses alignées, surmontées d’une toiture posée sur piliers. Cet aménagement départagé en box est destiné exclusivement pour l’arsenal de la boucherie. En second, l’espace vacant réservé pour la vente du bétail, y compris d’autres emplacements réservés aux petits métiers traditionnels. Telle en est la structure synoptique du souk. En partie, avec les aménagements ordonnés et alignés. En partie, avec les espaces et les emplacements disparates. Et tous soumis communément aux droits de taxe, prélevés par l’agent communal en circulation.
Les étalages en produits et marchandises s’accommodent au mode de vie rurale et campagnarde. En l’occurrence, l’indispensable disponibilité répondant au mieux aux besoins et services des clients. Tant plus pour le travail de la terre, les activités domestiques, la subsistance, ainsi du reste. Sans détailler le tout, nous allons nous focaliser sur ces aperçus reflétant l’aspect rustique et l’aspect artisanal. Pour ce faire, parcourons le marché en visite guidée.
Le marché est caractéristique de par la présence d’artisans exerçant leurs petits métiers. Offrant leurs services pour leur habituelle clientèle. Parmi eux le maréchal ferrant, le raccommodeur de bâts et de selles, le rémouleur, le barbier, le cordonnier, et parfois, le troubadour offrant de ses spectacles divertissants. Excepté ce dernier, les artisans occupent chacun une petite place. Disposant comme commodités d’un tabouret, d’une table basse, y compris les outils de travail. Et tous qui ne chôment point, à les voir tout absorbés dans leurs activités.
Au coin de vente exclusif au bétail, l’espace est conséquent compte-tenu de l’encombrement et de l’activité. Notamment pour les ventes ovine, bovine et chevaline. A proximité, le commerce suppléant et florissant, correspondant à la vente des bâts, des brides, des selles, des paniers doubles, des étriers, des mors, des licous, des cache-mamelles pour les chèvres et les brebis, etc. Ainsi, le client traité en roi qui est servi avec tout un embarras du choix !
Parcours faisant, nous voilà au « stand » conventionnel agricole, garni d’outils, d’articles et autre matériel approprié. Toute une variété sinon une diversité constituent de riches étalages, à la grande satisfaction des clients. Ce type de commerce - ça va de soit, marche bien dans la région où le travail de la terre est prépondérant. Les clients que sont les paysans et les fellahs y trouvent ce dont ils ont besoin. Pour ne pas dire tout, tant il est difficile de déceler ce qui peut bien manquer. Les faucilles, les hachettes, les scies, les fourches, les sécateurs, et d’autres outils aiguisés ou pas en sont là disponibles. Encore que convenant à toutes les bourses de par la panoplie des prix.
Tout à coté, c’est le « stand » exclusif pour la chaussure et l’habillement. D’une présentation attrayante et attirante pour la gente masculine, exclusivement. Dont les hommes et les enfants qui trouvent, tout à leur taille, les gandouras, les burnous au teint blanc, les burnous au teint terreux, les Djellabas, les chèches, les chéchias, les passe-montagnes, les cannes classiques, les cannes de luxe à pommeau d’argent, etc. Comme chaussures, tout à leur pointure, les bottes en caoutchouc, les galoches, les pataugas, les espadrilles, les pantoufles, y compris les chaussures de luxe.
Voilà donc pour notre visite spécifique aux étalages et aux expositions. Comme on pourrait le constater, tout n’a pas été dit. Un bon nombre de stands omis tout exprès, parmi eux, ceux des fruits et légumes, de la boucherie, des cosmétiques, des produits manufacturés, etc. Ainsi pour si peu de temps et d’espace qui nous restent pour notre article, cette suite alors en tant qu’aperçu succinct, à savoir : l’esprit moral régnant au marché.
Un tel aperçu est l’image typiquement kabyle. Et ce, à n’entendre que des débats, des discussions, y compris les marchandages, formulés en langage 100 % kabyle et 100% masculin.
Les gens se côtoient au mieux, faisant leurs affaires dans la bonne entente et la négociation. Formulant en langage kabyle, coulant de leur bouche comme une eau de source. Et leurs affaires engagées qui se négocient implicitement avant d’être conclues. Telle une clé de voute, il est rare que la remise soit omise ; bien au contraire, elle est tentée pour être fort gagnant. Cela, à la « marathonienne » entre les rivaux que sont le vendeur et l’acheteur. Tous deux redoutables sinon chevronnés. Où chacun défend ses intérêts en usant de ses propres atouts, en vue de convaincre. Un fervent duel s’établit avec l’attitude respectable. Pour changer de tactique, l’un d’eux qui attaque par d’irréfutables inconvénients et l’autre qui se défend par des arguments poignants. Tout un ballotage entre les « pour » et les « contre » s’égrenant pour l’unique et même but qu’est : le gain de cause. C'est-à-dire : le droit à la remise ou pas. Et mieux que tout, ce coté plaisant sinon amusant pour qui suivrait la confrontation, le marchandage durant.
Les formules ou locutions proverbiales locales, parmi elles, celles qui s’y prêtent au rire, s’évoquent en guise d’appuis sinon de preuves à l’appui. A titre d’exemples, ce bric-à-brac tout en vrac : Tavra tmatutiw ar… (Que mon épouse soit répudiée que…) - Aywah !?... Ats-frah Malha-w aâzizen… (Alors là !?... elle sera bien contente ma Malha, mon (épouse) adorée…) - Syixef b’arawiw ma-yella… (Sur la tête de mes enfants, au cas où...). - Adisvad Rebbi felli lakdev aken isvedh igueni af tmurt… (Que Dieu m’éloigne du mensonge autant qu’Il éloigna le Ciel de la Terre…). Ainsi du reste.
Ces tours de passe-passe formels par intérêt de l’habitude finissent souvent en arrangements concluants. A l’amiable et selon l’accord ou l’entente équitables. Tant le sérieux et la bonne intention ont été crédibles dès le départ. D’où ce moment venu pour évoquer cet autre aspect. Non point matériel, non point moral, mais illustrant pourrait-on dire l’austérité dans le comportement. Et comme exemple, ce moment opportun de toucher à la bourse, avec austérité par l’un des vieux paysans.
Inexorablement, sa main s’enfonce dans la poche intérieure de la gandoura. D’où est enfoui le fameux portefeuille au précieux trésor. Qui mieux est, si bien ficelée pour doubler ou tripler la sécurité. D’un geste plutôt lent que leste, le vieux déroule prudemment la ficelle de son portefeuille. Après quoi, il l’ouvre et soutire pièce par pièce chacun des sous. Et si besoin est, les billets de banque, ou l’argent en assignats. Au moment d’en compter le montant de la redevance, là encore, vigilance accrue oblige ! Comme fait le vendeur Mozabite d’étoffe, de qui dit-on : « il refait dix fois la même mesure avant de couper une fois au ciseau », c’est ainsi que procède l’austère vieux pour son argent, le comptage durant. C'est-à-dire : compté et recompté avec maintes vérifications, et ce, pour avoir le cœur bien net. En s’acquittant du paiement, le portefeuille se remet en bonne et due forme à la même poche. Précieusement côté cœur, contrairement à ceux qui placent leur portefeuille négligemment derrière la fesse. Ainsi en sont infaillibles nos paysans question sous ! Qui mieux est, avançant pour qui souhaiterait profiter ce sage conseil : « Les sous en sont difficiles à gagner mais faciles à dépenser ! » (Idrimen waren iw-sawar, sahlan iw-saraf !)
Passée la mi-journée, Imsawqen se retrouvent quasiment servis. Pour leur part, Tsujjar en ont écoulé au mieux leurs marchandises. Avec fort soulagement et forte satisfaction mutuellement. Dès lors le marché se vide, et la plate-forme animée et bourdonnante qui redevient progressivement calme et silencieuse. Peu après, c’est l’arrivée les agents du cadastre pour s’occuper du nettoyage, y compris la remise en parfait ordre.
Voilà donc pour ce qui est des ouvertures régulières de Souk-Larva. Seul nous reste à évoquer les cas exceptionnels d’ouverture.
Aux jours de fêtes que sont l’Aïdh-Tamezian’t et l’Aïdh-Tamoqran’t (respectivement : l’Aïd-Seghir et l’Aïd-Kebir) Souk-Larva s’ouvre immanquablement. En raison de l’heureuse tradition, nommément : Tasawiqt. Succinctement, les enfants s’en vont au marché, accompagnés d’un parent ou d’un proche. Brillants comme des lustres dans leurs habits neufs, avec même quelques sous en poche. En arrivant, Souk-Larva leur offre l’opportunité pour la joie et le bonheur sans bornes. Ces chérubins, face à l’embarras du choix en jouets et friandises, en achètent jusqu’à leurs derniers sous. Ces jours de fêtes en sont pour eux une mine en beaux souvenirs. De ces souvenirs qui demeurent gravés à jamais en leurs mémoires. Tant la plénitude en est au mieux atteinte en joie, en bonheur et en satisfaction.
Voilà tout pour Souk_Larva en cette époque d’antan.
Pour l’heure, qu’en est-il comme nouveau constat pour celui-ci !?
A dire vrai, les temps ont beaucoup changé. Avec des évolutions heureusement. Mais aussi, avec quelques inconvénients malheureusement. Et comme inconvénients des plus troublants à évoquer, sans nul doute tous ces produits et articles d’importation ayant fait disparaitre totalement ou presque la production nationale. Telle une nébuleuse dévastatrice. Mis à part les produits agricoles, les produits locaux en sont quasiment annulés et remplacés par les produits importés. Tant la « Turquie », la « Chine », la « Taiwan » et d’autres pays exportateurs qui en sont là, s’imposant en force ! A le dire avec regret : Le « Made in Algeria » il faut vraiment le chercher… ce fameux introuvable !? D’où cet amer constat qui a le sens d’une sonnette d’alarme. A tirer absolument !?
… Enfin, comme il ne faut guère perdre l’espoir, espérons donc que l’avenir réservera pour le marché national, y compris notre petit marché, des temps bien meilleurs en production nationale. Puisse Dieu !
TANMIRT U NA-JAKUN DI-LAHNA !
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TRES PROCHAINEMENT INCH’ALLAH : Notre thème (article) au titre : LASTAD-LARVA. Un terrain de sport digne de petit stade, où la caste juvénile s’y adonne à cœur joie pour des matchs amicaux de football, y compris les matchs organisés pour la coupe inter villages. ATTENDEZ-NOUS !

dimanche 18 octobre 2015

Un lieu, témoin de guerre

Rachid Kechad


Un lieu, témoin de guerre


A l’occasion du 61ème anniversaire du déclenchement de la guerre de libération Nationale qui sera célébrée le premier Novembre prochain, je tenterai dans ce récit historique, sans grandes phrases ni longs développements, de raconter succinctement, la réalité d’un lieu ayant marqué l’histoire de notre village pendant la période coloniale. Surement, beaucoup parmi nous, notamment la jeune génération ignorent ou méconnaissent le passé de cet endroit. Ce magnifique lieu perché sur un sommet atteignant une altitude de plus de 650 mètres, situé au point le plus éloigné du village D’Ait Bouyahia, en partance du chef lieu de la commune, nommé « El Djema Tadderth » où les premiers ancêtres l’ont élu comme premier point pour s’y installer. Un endroit, selon de très nombreux témoignages concordants, était un lieu-témoin des brutalités, commises par la force d’occupation, à partir du troisième trimestre de l’année 1958 jusqu’à 1962, à tout citoyen soupçonné de collaborer avec les moudjahidine.
Dans le but d’isoler les maquisards de la population et d’asseoir la domination et le contrôle permanent du village, le capitaine Oudinot, chef de la SAS (Section Administrative Spéciale) de Béni-Douala, avait mis en exécution à la lettre, la diabolique stratégie du général De Gaulle, visant à mettre en quarantaine les maquis. Pour mettre en application cette sale besogne contre une population désarmée, le dit capitaine, avait pris possession carrément des lieux, en installant à El Djemaa Taderth, une troupe de militaire composée de presque d’une trentaine de soldats, dirigé par le lieutenant Rodrer, assisté par le sergent à la canne (Sarjane vouthakazth). 
A cette date, l’ennemi faisait subir des représailles à la population sans défense, en s’en prenant à tout le monde y compris aux enfants. À juste titre, qui de ces enfants et adolescents de cette époque qui n’avaient pas été maltraités ou giflés avec ou sans raison par le cruel engagé, le sergent à la canne (Sarjane vouthakazth). Les coups de bâton du sinistre sergent, étaient des pratiques courantes et personne ne pouvait y échapper. Tous les gens interrogés sont catégoriques et unanimes à témoigner être victimes de ses brutalités. 

Le seul passage menant à El Djemaa Taderth, était totalement barré à tous les résidents du quartier, par un portail métallique d’une hauteur de trois mètres, dressé derrière l’habitation appartenant à la famille KemKem, Pour que personne ne puisse y pénétrer. Pour s’y rendre à leur domicile ou, à leur champ, les résidents et les propriétaires des terres devaient prendre la voie dite »Agdhi Bouchene ». Cette garnison est composée principalement Timâmart (Ecole coranique), composée de trois pièces et d’une courette, exploitée comme dortoir pour les soldats de l’armée Française. 
La Petite salle de droite (Taajmath thamachtouhth), utilisée comme bâche d’eau, qui est approvisionnée continuellement en eau potable par les villageois à tour de rôle. Chacun doit respecter impérativement son tour, suivant une liste déjà préétablie. Les récalcitrants sont immédiatement réprimandés. Aucune tolérance n’était admise. Combien de fois, des enfants de retour de la fontaine avec la charge d’eau sur le dos d’âne, était conduit de force pour vider leur jerricans dans la citerne à eau. 
La Grande salle de gauche, elle servait à la fois, de cuisine, de réfectoire et de bar. Les taches ménagères afférentes à la vie quotidienne étaient accomplies sous la contrainte, par la population locale.
Une guérite surplombant les pourtours du quartier, était installée au niveau du domicile Nachrif Nali Oumouh Hessas, permettant aux français d’épier méticuleusement tous les mouvements des villageois et de contrôler en permanence les alentours. 
Le premier étage de l’épicerie de Moh Said Himeur était employé par le lieutenant Rodrer en guise de logement, quant au rez-de-chaussée, il servait aux interrogatoires musclés des personnes arrêtées ou suspectées. Certains prisonniers qui ont résisté aux tortures, sont achevés sans le respect des procédures légales, tel que le chahid Tayeb Nath Lahcene du village voisin d’Ait Khelfoune qui a été exhumé après avoir été enterré au niveau du cimetière de Lakhmiss. Tout suspect était soumis systématiquement à de pénibles supplices par les soldats de l’armée coloniale et leurs supplétifs. A titre illustratif, c’est dans ce lieu précisément que, Ahmed Akouchene Kaci et Moh Tahar Iouechikhen Hamdad et tant d’autres, avaient subi les atrocités et les sévices des soldats de l’armée française, sans omettre la Moudjahida, Elias Fatima, épouse Elias Vava Rezki qui, avait enduré de mauvais traitements et de pires punitions, avant quelle soit transférée dans un autre camp de torture, situé au niveau du village d’Ait Idir, loin d’à peu près de 2.5 Km de la SAS, située au chef lieu de la commune des Ath –Douala. 

Les douches et les installations sanitaires étaient implantées dans la propriété de chikh Ramdhane Kerbel, mitoyenne de celle des KemKem. Les eaux usées des douches et des sanitaires sont déversées dans une fosse septique creusée dans le même terrain. 
Un couvre feu permanent à partir de 15 heures est instauré, hommes, femmes et enfants inclus ne doivent sortir du village, des quartiers libres de quelques heures étaient accordés à la population locale pour lui permettre de s’approvisionner. En dehors de ces quelques heures de répit, tout contrevenant met sa vie en danger. Le moindre déplacement, sous n’importe quel prétexte, était subordonné à la délivrance d’un « laissez-passer. » Cette permission momentanée de circuler est souvent mise à profit par les mousseblines et moussablates pour informer et approvisionner les maquisards.
Chaque coin de notre village a eu son lot de scènes de monstruosité et d’abomination dont se sont distingués les paras et autres mercenaires de l’armée coloniale chargés de mater la population et de faire subir les pires exactions contre les familles des maquisards.
Lorsque meurt un témoin oculaire, c'est toute une histoire qui se dissipe. Avec la disparition de nos vieilles et nos vieux, la preuve vivante de notre histoire risque de cesser d’exister. Comment faire : De nos jours, beaucoup estiment que la transmission orale de notre histoire doit faire place à la tradition écrite pour la sauvegarder, la pérenniser et la rendre accessible au grand public. 
Je suppose, qu’une une plaque commémorative ou autre support, érigé au même endroit, peut faire connaitre ce lieu à tout le monde et le faire sortir à jamais de son isolement. Cette conception pourrait être élargie à d’autres sites, pour rendre d’abord les honneurs aux guerriers morts pendant la guerre d’indépendance et aussi, de recenser pour immortaliser, tous les endroits mémorables où ont été tombés nos valeureux martyrs, pour que nous puissions vivre dans la dignité et la liberté. 
Gloire à nos chouhada! Wa- Athnirham Rebbi. Merci et Kimath Dhi Thalwith. 
NB : Merci pour toutes idées ou contributions qui peuvent enrichir et/ou corriger le contenu du texte. Merci.

jeudi 8 octobre 2015

Aït-Bouyahia : Couleurs, saveurs et décors

Mouloud Halit

Aït-Bouyahia : Couleurs, saveurs et décors

Thème n° 11 : Tala-Tliwa


En fait d’atout percutant, notre village jouit d’un site proliférant en sources d’eau. De par ce cas rare des plus louables, nos ancêtres avaient donc dénommé ce site : Tiliwa, au sens évident : Les Sources. D’un relief en pente douce, ce site garda longtemps durant son aspect de campagne florissante. Les arbres fruitiers, dont les figuiers à profusion, prospéraient à souhait, tant l’eau à gogo ne vient guère à manquer. En hiver, il va sans dire, les points d’eau émergent en surface, desquels serpentent de petites rigoles drainant l’écoulement de leurs petits affluents. Aussi ce site qui s’avère exceptionnel de par son emplacement stratégique.
Par son coté gauche, il a comme sainte « voisine » la célèbre zaouïa d’Akal-Aberkane. A sa droite, le commencement urbain de Larva n’Ath-Douala. Ou le chef-lieu de commune qu’est Béni-Douala-Centre. Par en bas, notre village d’Aït-Bouyahia, avec sa route carrossable montante. En ce site existe alors le croisement en fourche des trois routes, rejoignant ces destinations mentionnées. Par-delà ces destinations, ces routes qui continuent en direction des villages avoisinants, tout en se prolongeant plus loin encore…
Peu avant le croisement, sur la route de notre village, soulignons non sans joie l’existence d’une petite fontaine, au nom dialectal : Tala. C’est une fontaine publique située à égale distance ou presque de la zaouïa et du croisement. Ces deux derniers s’y trouvant respectivement à gauche et à droite, à des niveaux légèrement élevés. De source officieuse, cette fontaine était d’abord un bien privé appartenant au nommé : Ali-w-Slimane. Non pas à l’état de fontaine mais à l’aspect d’un petit étang, dit : « amdhoun » n’Ali-w-Slimane. Mais ce propriétaire ne tarda pas à faire don de ce petit étang au profit du village. Ainsi devenu un bien public, le petit étang fut transformé en petite fontaine. D’où « amdhoun » n’Ali-w-Slimane qui changea de nom pour devenir : Tala-Tliwa. Ou le nom du site qui s’attèle au nom dialectal de la fontaine.
De par son aperçu et son emplacement, Tala-Tliwa est située en plein virage de la route carrossable. Avec un aspect tout particulier en étant quasiment encastrée : n’était apparent que sa façade avant, petite et bâtie tout en pierres. A sa gauche, une rigole provenant d’un peu plus haut poursuit sa descente jusqu’au ruisseau. Et cette rigole passant sous la route via un petit avaloir et un petit aqueduc. Un abreuvoir des moins encombrants pour les animaux est aménagé au bas de la façade. A son dessus, au milieu et à un niveau raisonnablement rehaussé, un bout de tube métallique, rond et creux, sortait de la façade, d’où coule la source d’eau susurrante. Ce continuel débit se déverse sur l’abreuvoir, le remplissant à ras bord, avant de déborder en affluent vers la rigole de drainage.
A la comparer aux fontaines du village au mieux aménagées, Tala-Tliwa en est la plus simple en conception. C'est-à-dire : sans auvent, sans plancher, sans robinets, pas même un espace de libre pour faire la chaine, si besoin est. Etant en bordure de route, elle est bien là en tant que fontaine de fortune sinon de secours, pour les usagers que sont les passants et les passagers. Y compris leurs bêtes de somme ou leurs troupeaux d’animaux. Contrairement aux autres fontaines, il est rare de voir venir à cette petite fontaine les ménagères pour puiser l’eau. Avec leurs amphores à remplir et à transporter sur leurs dos. Occasionnellement en été, cela peut arriver, quand l’eau arrive à manquer.
Après cette entrée en matière sommaire, passons maintenant aux éclatements de détails. Dont nous verrons l’indispensable disponibilité de notre petite fontaine, qui mieux est, dans la bonne ambiance et la bonne animation.
Depuis les temps les plus reculés, la route du village ne cesse d’être animée par les marches à pied de ses usagers. A l’aller comme au retour, Tala-Tliwa qui représente le point focal de prédilection, tant pour épancher la soif, se laver et se rafraichir. Maintes franges y affluent, en l’occurrence les scolarisés, les paysans, les travailleurs, les fidèles, et d’autres encore. Y venant de tous les villages dont ces plus fréquents que sont : Aït-Khalfoun, Aït-l’Hadj, Timaguenounine, y compris notre village. En sorte un passage obligé en raison du chef-lieu de commune qu’ils se devaient de rejoindre pour leurs affaires administratives, scolaires, et autres prestations. Pour peu qu’ils arrivent à destination, Tala-Tliwa s’y prête au mieux pour une pause relaxante avant de poursuivre leur chemin. Telle une pointeuse, ils marquent donc leur présence par nécessité vitale. Après quoi, ils repartent avec un fort sentiment de soulagement. Ainsi Tala-Tliwa qui en est sans cesse convoitée, selon une ambiance et des animations à peindre absolument. Et que l’histoire de notre village aura sans doute à retenir en tout honneur, pourquoi pas !?
A longueur de journées, Tala-Tliwa fait figure de « perle » éblouissante, grâce aux fulgurantes scènes dont elle est sujette, de par lesquelles elle jouit tout en même temps. Tour à tour, ces scènes rustiques de Kabylie défilent et se succèdent comme dans un film. Tantôt, c’est le passage d’un berger avec son troupeau d’animaux. Dont en commensaux fidèles, l’abreuvoir et la source en sont pris d’assaut. Après eux, une autre scène (ou facette) pareillement rustique ne peut que suivre sans délai presque. Peut-être bien l’arrivée d’un vieux monté sur le bât de son baudet. Le vieux buvant de la source, et la bête, de l’abreuvoir, le museau à fleur d’eau. Comme autre scène, probablement une brave dame accompagnée de sa progéniture. A tour de rôle, ils se désaltèrent non sans joie et satisfaction en se servant de leurs mains jointes, placées sous le torrent. A ces cas d’exemples de faible ampleur – qu’on ne peut tous de les citer, s’y ajoutent les mouvements de grande ampleur. Dont ces exemples parmi tant d’autres.
Les enfants scolarisés en sont les figurants de première catégorie. En y sortant de l’institut ou du collège, ils prennent d’assaut leur petite fontaine. En effectif fort nombreux. Telle une horde incontrôlable, ils se donnent à cœur joie à toutes sortes de ruades, de bousculades et de furie. Ainsi rivalisant à qui boirait le premier, pour être digne de champion. Ou leur vivacité et leur habileté ainsi mises à rudes épreuves. En s’y faisant quelques minutes durant, ils bourdonnent en s’agitant, pareil qu’un essaim d’abeilles autour de la ruche. Et ce brouhaha des écoliers que l’on ne trouve guère en les fontaines du village, si ce n’est en celle-ci. Tant étant la seule existant sur leur chemin. Et à cette exclusivité s’y ajoute cette autre, avec un engouement non moins attrayant. Ou l’heureuse opportunité émanant de la zaouïa d’Akal-Aberkane.
En cette zaouïa où repose notre Jeddi Abdellah-w-H’ssane, les fêtes religieuses sont célébrées avec une ponctualité sans faille et une régularité d’horloge. Les pèlerins et les fidèles affluent de partout et en masse. La zaouïa s’anime alors selon une ambiance et une animation religieuses et spirituelles. Et Tala-Tliwa qui leur est toute proche, voire disponible pour un bon profit. Grâce à la zaouïa, la petite fontaine s’anime, tout en offrant son eau fraiche et potable aux pèlerins. Les enfants, les femmes et les hommes y descendent de la zaouïa vers cette fontaine qui n’est qu’à quelques pas de marche. Dans la bonne ambiance, ces pèlerins y viennent pour se gorger et s’approvisionner en eau. Les bouteilles et les gourdes se remplissent à tour de rôle. Selon des précautions méticuleuses tant toutes et tous élégamment vêtus, prennent bien soin de leurs tenues vestimentaires. Plus spécialement les demoiselles, resplendissantes dans leurs plus beaux atours et leurs plus belles parures. De par ces perpétuels décors envoutants, Tala-Tliwa devient implicitement une splendeur éblouissante. Et cela qui n’est pas tout tant la mosquée à laquelle nous arrivons y joue un autre rôle pareillement prépondérant.
En contrebas de la zaouïa, existe la mosquée du village qui n’est séparée de la zaouïa que par la route communale, prise en sandwich. Ce lieu de culte - pour un islam éclairé, reçoit au quotidien les fidèles aux horaires des cinq prières. Mais pour la prière collective du vendredi ( Salat L’djoumaâ ) le mouvement et l’animation en sont plus importants, comparativement. Pour cette prière obligatoire, les fidèles affluent massivement du village et de Béni Douala-Centre, vers la mosquée. Parmi eux, ceux qui font leur crochet par Tala-Tliwa. D’où alors chacun comme il en profite à bon escient. Avec une sagesse et une piété spirituelle.
Décidemment, cette petite fontaine a vraiment sa raison d’être. Que dire alors en incluant encore le souk de Larva lequel en aucun cas ne doit être oublié !?
Souk Larva, comme dit-on, est le marché communal hebdomadaire. Chaque mercredi, il reçoit son monde de commerçants et de clients en y venant de tous les villages. Soit dit de toutes les directions, c'est-à-dire : Est, Ouest, Nord et Sud. Parmi eux, ceux qui empruntent la route carrossable y passant implicitement par Tala-Tliwa. Qui donc de cette dernière frange en arrivant là, pourra s’en passer de pointer à cette fontaine !? Comme fait l’aimant pour le fer, celle-ci les attire puissamment, ne serait-ce pour le plaisir de se rafraichir le visage après la marche fatigante et harassante. Cela, dès le point du jour quand l’aurore commence à poindre à l’horizon, jusque tard dans l’après-midi, quand le marché ferme son portail. C'est-à-dire : au retour des clients retardataires. Autrement dit, une fois les emplettes accomplies, ces mêmes gens repassent à nouveau par Tala-Tliwa. Soit dit, un passage au mieux rassurant et réconfortant, avant d’entreprendre le chemin du retour.
Enfin - comme dernière parenthèse encore heureuse, spécifions l’ouverture exceptionnel du marché, durant les fêtes de l’aïd. Et ce, en raison de l’heureuse coutume qu’est Tassawiqt, faisant le bonheur et la joie des enfants. Autrement dit, celle-ci qui s’effectue au marché.
Aux jours de l’aïd, tous les enfants s’en vont quasiment au marché pour acheter des jouets. Accompagnés d’un parent ou d’un proche, et tous qui brillent comme des lustres avec leurs habits neufs et leur toilette bien soignée. Et la petite fontaine qui leur est pareillement disponible, au même titre que le marché.
Voilà tout sinon presque concernant les précieux services de Tala-Tliwa!
Offrant toujours et gratuitement son eau fraiche et potable pour qui en veut. Continuellement 24 heures sur 24, 07 jours sur 07, des années durant. Que dire alors de cette fontaine toute petite sinon qu’elle a tout d’une grande !? Avec sa panoplie de bilans honorifiques, marquant son épopée en « or ». Ou toutes ces nécessités vitales dévoilées au grand jour, et toutes, dignes de preuves à l’appui !
Pour l’heure, qu’en est-il de cette légendaire Tala-Tliwa !? Comme réponse, hélas, rien ne va plus !
Les éclats d’antan faisant, sa valeur, sa splendeur et son prestige ne sont plus que d’heureux souvenirs. Voire des souvenirs poignants. Et pour cause, cette fatalité qu’on pourrait dénommer « Ceci tuera cela » l’affecta de plein fouet. Et à vouloir élucider une telle fatalité, alors pointons du doigt (pour ne pas dire accusons) fort étonnamment l’évolution et le progrès. Eh ben oui, depuis l’avènement des transports en commun des voyageurs, assurant les dessertes à l’échelle locale, Tala-Tliwa fut complètement chamboulée au sens désastreux du terme. Et pour cause, y subissant la dégradation, la décadence et la décrépitude, à une cadence alarmante. Autrement dit, ces dessertes reliant les villages au chef-lieu de commune, donc apportées par le progrès, ont transformé les piétons et les piétonnes en voyageurs et voyageuses, respectivement. A juste titre, des fourgons au mieux capitonnés et aménagés de sièges en sont mis à leur disposition. Pour parfaire l’aisance et le confort, les navettes s’accomplissent en musique, parcours durant. Qui plus est, cet avantage de taille qu’est le gain notoire en temps. Qui mieux est, au prix peu couteux du ticket de transport.
Assurément, ce progrès technologique engendra le bien-être total aux voyageurs. Mais pour Tala-Tliwa, c’est tout le mal-être, et quel dommage !
Au jour le jour, à l’aller comme au retour, cette petite fontaine voit passer ses ex usagers sans y mettre le pied. Tous passaient à la vitesse des fourgons qui les transportent. En coup de vent. En y passant, c’est à peine lançait-on en sa direction de ces regards furtifs. De ces regards pitoyables sinon nostalgiques.
A la suite de cet abandon tant aggravé par l’indifférence, Tala-Tliwa tente néanmoins de persister avec le peu d’usagers qui lui sont restés. Notamment ces vieillards tenant toujours à leur mode de transport, en l’occurrence, leurs baudets. Ces vieillards continuent donc à s’y arrêter et à marquer leur pause. Comme s’ils eussent été au mieux vaccinés contre tout progrès. Au demeurant, ce cas d’exception et quelques cas rares s’y ajoutant n’empêchent pas Tala-Tliwa de péricliter.
A défaut d’entretien, la ravine, la mousse et les herbes sauvages s’en prennent à elle de toutes parts. La mangeant et la ravageant sauvagement, tant le terrain s’y prête pour bien mordre et bien s’agripper. D’où avec le temps, ce décevant constat qu’est le débit de la source s’amenuisant, manifestement. Sous l’effet d’une graduelle obstruction, fort probablement. Implicitement, son eau qui est de pire en pire redoutée pour être bue. Actuellement, pourrait-on dire, l’usage de Tala-Tliwa changea complètement. L’eau qui était potable n’est valable que pour le lavage. Pour si peu de débit qui existe encore, on en profite alors. Comme on le voit parfois, voire souvent.
Moyennant un réducteur d’embout de fortune dont une bouteille en plastique que l’on découpe, on le place en intermédiaire sur le débit de la source et le tuyau d’eau en caoutchouc que l’on raccorde au goulot de la bouteille. Ceci fait, le lavage s’accomplit à souhait et à distance voulue. Ainsi durant en attendant ce qu’il adviendrait à l’avenir…
Tels sont donc l’état d’avant et l’état actuel de Tala-Tliwa. Ou l’état réjouissant auparavant et l’état dégradant pour l’heure de notre petite fontaine. Et Dieu sait ce qu’il adviendrait d’elle à l’avenir !? Sur ce, espérons vivement que viendra l’heureux jour où on la verra faire peau neuve, avant de reprendre ses précieux services, comme au bon vieux temps. D’une manière ou d’une autre, pourquoi pas !?
TANMIRT U NA-DJAKOUN DHI-LAHNA !
TRES PROCHAINEMENT, INCH’ALLAH : Notre thème (ou article) n° 12 au titre : SOUK-LARVA. Ou le marché hebdomadaire ouvert chaque mercredi à Béni Douala-Centre. ATTENDEZ-NOUS !